Des séances parfois reçues à distance, des stages coûteux et un préjudice global estimé à 13 millions d’euros : le procès d’Antonino Mercuri doit examiner ce qui se serait noué, au fil des années, entre des promesses de soins, la confiance de patients et leur vulnérabilité. Son ouverture est annoncée à compter du 12 octobre 2026 au tribunal correctionnel de Paris, pour près d’un mois. Les accusations concernent 51 anciens patients, selon l’enquête de Franceinfo publiée ce lundi. Mercuri les conteste et reste présumé innocent. [1]

Le montant frappe, mais il ne dit pas tout du dossier. Au centre des récits recueillis par Franceinfo se trouve le passage d’une consultation pour une douleur à une relation dans laquelle le praticien aurait pris une place bien plus large. Pour comprendre l’affaire du point de vue de la santé, il faut distinguer ce qu’un praticien promet, ce qu’une personne dit avoir vécu et ce que le tribunal devra établir.

Quatre chefs de poursuite, pas une condamnation

Antonino Mercuri, 64 ans, est poursuivi pour abus de faiblesse, exercice illégal de la médecine, blanchiment et fraude fiscale, rapporte Le Monde dans son article du 11 octobre. Les récits d’emprise et de dérive sectaire décrivent le contexte des accusations ; l’expression « dérive sectaire » ne doit pas être confondue avec un cinquième intitulé pénal autonome. [2]

Selon Franceinfo, l’enquête a commencé après la transmission au parquet de Paris, en 2015, d’un signalement de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires, la Miviludes. Une information judiciaire a été ouverte en 2017. Le reportage décrit ensuite des témoignages et des écoutes téléphoniques réunis pendant l’instruction. Ces éléments alimentent l’accusation : ils ne valent pas, à eux seuls, un jugement. [1]

La défense conteste l’ensemble des accusations. Interrogé par Franceinfo, son avocat, Me Olivier Pardo, affirme que Mercuri veut faire reconnaître son innocence et annonce des témoignages d’anciens patients en sa faveur. Il défend également les bienfaits des médecines alternatives et de la méditation en complément de la médecine conventionnelle. Le procès annoncé devra confronter ces positions aux faits reprochés, sans mettre indistinctement en cause tous les ostéopathes.

Chronologie du dossier Mercuri : signalement au parquet en 2015, information judiciaire en 2017 et début du procès annoncé le 12 octobre 2026 à Paris. Les accusations sont contestées.
Les dates jalonnent la procédure ; elles ne préjugent pas du jugement. [1]

Des douleurs au dos aux « soins » reçus par téléphone

Camille, un prénom modifié par Franceinfo, raconte avoir d’abord consulté Mercuri pour des douleurs au dos. D’autres propositions seraient arrivées rapidement. Elle décrit des rendez-vous à distance : à une heure convenue, les participants attendaient un appel signalant le début du soin, puis se mettaient en méditation alors que le praticien n’était pas présent. Selon son témoignage, il considérait que le soin était reçu même lorsque la personne ne pouvait pas se recueillir. [1]

Ce récit porte sur une prétention à soigner, pas sur un résultat médical établi. Dans un échange avec la juge d’instruction en 2019, rapporté par Le Monde, Mercuri expliquait ses « soins de méditation » à distance en déclarant : C’est mon don, ça ne s’explique pas. Invité à préciser qui constatait les résultats revendiqués pour des animaux, il répondait qu’ils l’étaient par leur maîtresse. [2]

Qualifier une séance de « soin » ne démontre pas qu’elle traite une maladie. Un récit de mieux-être et une affirmation de guérison n’apportent pas la même information. La question n’est pas seulement de savoir si une séance a eu lieu ou si un participant s’est senti mieux, mais aussi ce qui lui a été promis et les actes qui ont été accomplis. Dans cette affaire, ces questions s’ajoutent à celle des pressions que les anciens patients disent avoir subies.

13 millions d’euros : une estimation du préjudice, pas une somme déjà accordée

Franceinfo rapporte des séances devenues de plus en plus chères, d’un coût moyen de 500 euros, parfois répétées plusieurs fois dans la semaine. Les stages organisés au Portugal auraient coûté plusieurs milliers d’euros, hors transport et hébergement. Le reportage situe à 13 millions d’euros le préjudice global estimé. Ce chiffre n’est ni une indemnisation décidée par le tribunal, ni un montant définitivement établi par un jugement. [1]

Eva, dont Franceinfo a également changé le prénom, décrit les conséquences financières de cette relation : Je me suis écroulée financièrement, dit-elle au média. Elle raconte des dettes, des chèques sans provision et une interdiction bancaire pendant cinq ans, avant d’avoir progressivement remboursé ce qu’elle devait. Son récit montre pourquoi les dépenses ne peuvent pas être séparées de la façon dont la relation se serait installée.

Me Mathieu Petresco, avocat de cinq anciens patients interrogé par Franceinfo, évoque une fragilité initiale, parfois accompagnée d’une grande détresse ou d’un isolement familial, social et professionnel. C’est sa lecture des situations qu’il défend, et non un profil médical applicable à l’ensemble des 51 personnes. L’abus de faiblesse reproché à Mercuri met précisément en cause la manière dont cette vulnérabilité aurait été exploitée.

Garder un avis médical extérieur à la relation

Les témoignages replacent la confiance au centre de l’affaire. Les outils de prévention publiés récemment par les autorités de santé posent, eux, un repère concret pour les décisions de soins : ne pas modifier ou interrompre un traitement sans avis médical. Une promesse concurrente, même rassurante, ne remplace pas une discussion avec le médecin ou le pharmacien chargé du suivi. Cette recommandation générale ne permet pas d’affirmer que les 51 anciens patients de Mercuri auraient abandonné leurs traitements. [3]

Le Dérivomètre repère des alertes, il ne juge pas le dossier Mercuri

Le 29 septembre 2026, la Miviludes a présenté un nouveau guide « Santé et dérives sectaires », élaboré avec les ministères concernés et les Ordres professionnels de santé. Le ministère chargé de la santé propose aussi le Dérivomètre, un outil pédagogique destiné aux personnes qui recourent à des pratiques non conventionnelles et à leur entourage. Il organise les situations en trois niveaux de vigilance : « je reste attentif », « je fais une pause » et « je dis stop ». [4]

Les signaux décrits par le ministère concernent à la fois les promesses et la relation avec le praticien. Parmi eux :

  • assurer être le seul à pouvoir soigner une personne ou ses proches ;
  • promettre une guérison miracle ;
  • demander d’arrêter les soins ou traitements prescrits ;
  • culpabiliser la personne à propos de sa maladie ou de l’échec d’un traitement ;
  • inciter à rompre avec l’entourage ou le professionnel de santé qui assure le suivi.

Ces repères servent à reconnaître une situation préoccupante et à chercher de l’aide. Ils ne constituent ni une preuve dans le procès Mercuri, ni un diagnostic automatique d’emprise. La présentation officielle expose leur objectif de prévention, sans démontrer une efficacité mesurée. Le guide rappelle aussi des évolutions législatives de 2024 : leur présentation ne permet pas de les appliquer rétroactivement aux faits de cette affaire. [3] [4]

Nature morte illustrative autour d’un carnet, d’un stylo et d’une plaquette de comprimés génériques.
Avant de changer un traitement, les autorités recommandent de demander un avis médical. Illustration conceptuelle. [3]

Des interlocuteurs pour les soins, d’autres pour l’aide aux victimes

Le ministère recommande de demander des garanties sur la sécurité de la prise en charge et un devis global avant d’accepter les actes proposés. En cas de doute, il invite à demander conseil aux professionnels qui assurent déjà le suivi médical. Pour les situations préoccupantes, il recommande également de conserver les messages, documents et captures d’écran : ce sont des éléments à garder, plutôt que des promesses à interpréter seul. [3]

L’entourage peut lui aussi demander de l’aide, même si la personne concernée n’engage pas elle-même la démarche. La page du ministère cite les associations d’aide aux victimes, les associations de patients et la Miviludes parmi les interlocuteurs possibles. Elle indique notamment le 116 006 pour France Victimes : un contact d’aide aux victimes distinct du suivi médical assuré par les soignants. [3]