Un résultat d’examen à transmettre, un spécialiste à recontacter, un traitement à faire suivre : lorsqu’un parcours de soins compte plusieurs interlocuteurs, vous pouvez vite vous retrouver à faire le lien entre eux. C’est précisément cette charge que France Assos Santé veut alléger. Dans sa position publiée le 2 octobre, l’organisation d’usagers demande de faire évoluer le dispositif vers une équipe de soins traitante, choisie par le patient et organisée autour de son médecin traitant. [1]
L’idée dépasse le fait de trouver un nom à déclarer à l’Assurance maladie. Elle pose une question très concrète : qui garde le fil de vos soins entre deux consultations, et comment les professionnels qui vous accompagnent travaillent-ils ensemble ?
Le médecin traitant reste votre point de repère
Aujourd’hui, le médecin traitant assure le suivi régulier, rassemble les informations médicales et vous oriente si un autre avis est nécessaire. La prévention fait aussi partie de ses missions, des vaccinations aux dépistages adaptés à votre situation. Son rôle ne se limite donc pas à écrire une ordonnance ou une lettre pour un spécialiste. [2]
La proposition de France Assos Santé ne supprime pas le médecin traitant. Elle demande que les autres professionnels nécessaires à votre parcours soient associés dans une équipe identifiable, plutôt que de laisser la coordination reposer sur une seule personne.
Le travail à plusieurs n’est d’ailleurs pas entièrement nouveau. Si votre médecin traitant exerce dans un cabinet ou un centre de santé et qu’il est absent, un autre médecin de la structure peut déjà le remplacer. La feuille de soins doit alors indiquer « Médecin traitant remplacé ». Cette possibilité actuelle ne signifie pas que vous avez déclaré une équipe à la place d’un médecin. [2]
Une équipe que le patient peut choisir et reconnaître
« Pluriprofessionnelle » signifie simplement que l’équipe réunit plusieurs métiers de santé. Selon les besoins, le médecin peut travailler avec des infirmiers, des pharmaciens, des kinésithérapeutes ou d’autres professionnels. Il ne s’agit pas de faire intervenir tout le monde pour chaque patient, mais d’articuler les soins utiles à son parcours.
France Assos Santé insiste sur une équipe choisie et identifiée par le patient. Vous sauriez ainsi quels professionnels participent à votre suivi. Pour l’organisation, cette équipe devrait renforcer la prévention, la continuité et la coordination, afin que le patient ne reste pas le seul à relier les différentes étapes de ses soins.
Dans un suivi au long cours, comme celui de l’hypertension, cela renvoie à une attente simple : comprendre comment les conseils du quotidien, les traitements et les rendez-vous s’inscrivent dans un même accompagnement. C’est un objectif d’organisation, pas la promesse qu’une équipe ferait automatiquement baisser la tension.

Partager des locaux ne suffit pas à travailler ensemble
Plusieurs médecins à la même adresse, ce n’est pas nécessairement une équipe coordonnée. La Cour des comptes distingue le cabinet de groupe, qui permet de partager des moyens et des contraintes d’organisation, de l’exercice coordonné fondé sur un projet commun. Dans ce second cas, plusieurs professionnels articulent leurs interventions autour du parcours du patient. [3]
Les maisons de santé pluriprofessionnelles et les centres de santé font déjà partie de ces organisations. Une maison de santé peut même fonctionner sur plusieurs sites : le bâtiment commun n’est donc pas le critère décisif. Ce qui compte est la manière dont les soignants construisent et assurent le suivi ensemble.
La demande d’une équipe traitante s’appuie sur ce mouvement, mais ajoute une attente du côté des usagers : pouvoir reconnaître l’équipe qui les accompagne et participer à la façon dont elle fonctionne. Une liste de professionnels ne suffit pas si l’on ne sait pas comment les contacter ou comment les soins se poursuivent.
Du temps, des outils et des engagements pour garder le fil
Une équipe ne devient pas disponible simplement parce qu’on lui donne un nom. France Assos Santé demande des engagements réciproques : les professionnels et les équipes sur l’accès, la continuité, la prévention et la coordination, les pouvoirs publics et l’Assurance maladie sur les moyens, les outils et les financements. [1]
Les informations médicales doivent aussi pouvoir suivre le patient. Dans son rapport publié le 30 septembre, la Cour recommande d’adapter les outils numériques du médecin traitant, notamment le dossier médical partagé et les outils de suivi de sa patientèle. Le but est d’aider le médecin à assurer ses missions au quotidien, pas seulement de compter les patients qui l’ont déclaré.
Le financement est l’autre pièce du projet. La Cour recommande de renforcer la part forfaitaire de la rémunération des généralistes, c’est-à-dire une rémunération qui ne dépend pas uniquement de chaque consultation, et d’accélérer en 2027 les financements collectifs de l’exercice pluriprofessionnel. Ces leviers visent à soutenir le suivi et le travail en équipe. [3]
Pour juger l’évolution, France Assos Santé demande de regarder l’accès effectif et la continuité du suivi, au-delà de la déclaration d’un médecin. Pouvoir obtenir des soins, savoir comment ils se poursuivent et conserver un accompagnement dans la durée sont les résultats recherchés. Ils restent à évaluer, sans les déduire du seul nombre d’équipes créées.
Une demande de transformation, pas une nouvelle déclaration à faire
La position du 2 octobre est une demande de France Assos Santé, formulée après le bilan de la Cour des comptes. Elle appelle les pouvoirs publics et l’Assurance maladie à transformer progressivement les soins de proximité. Elle n’annonce ni une procédure pour déclarer une équipe traitante, ni un remplacement du dispositif actuel.
L’organisation demande également que les usagers participent à la conception, au fonctionnement et à l’évaluation de ces équipes. La prévention donne un exemple parlant de cette continuité recherchée : un conseil reçu lors d’un rendez-vous doit pouvoir trouver une suite, avec des interlocuteurs et un accompagnement que l’on retrouve.
Pour l’instant, votre médecin traitant reste le repère du parcours de soins. La proposition met sur la table une ambition supplémentaire : que vous puissiez compter sur une équipe identifiable autour de lui, sans avoir à porter seul le lien entre les soignants. Sa mise en œuvre dépendra des organisations, des moyens et des engagements qui seront effectivement retenus.







