Connaître le mot « ménopause » ne signifie pas s’attendre à vivre les changements qui la précèdent. Dans une enquête belge, 67 % des femmes interrogées savent que les premiers signes peuvent apparaître dès 40 ans, voire avant, mais seules 13 % l’envisagent pour elles-mêmes. Ce contraste pose une question plus utile qu’un classement des bonnes et des mauvaises élèves : une information générale aide-t-elle à comprendre ce qui change dans sa propre vie ? [1]

Publiée dans un communiqué du 15 septembre et remise en circulation en octobre, l’enquête a été menée en ligne par iVOX pour Uma Health, une plateforme commerciale d’accompagnement de la ménopause. Les résultats belges concernent 1 000 femmes interrogées du 14 au 30 août 2026, et non les 3 500 participantes de l’ensemble du Benelux. Ils décrivent des connaissances et des perceptions, pas la fréquence médicale de la périménopause.

Savoir que c’est possible n’est pas se dire « cela peut me concerner »

Les deux pourcentages ne répondent pas à la même question. Le premier porte sur une possibilité en général, le second sur une attente personnelle. Il n’y a donc pas forcément contradiction à savoir qu’une transition peut commencer tôt tout en pensant que, pour soi, elle surviendra plus tard. Connaître une possibilité n’est pas connaître sa probabilité individuelle.

Le résultat mérite néanmoins l’attention : l’information ne s’arrête pas à retenir un âge. Il faut aussi comprendre ce que cet âge désigne et quels changements peuvent précéder la dernière menstruation. Le sondage met en évidence un décalage entre deux réponses. Il ne suit pas les femmes au fil du temps et ne démontre pas que ce décalage entraîne un retard de reconnaissance ou de consultation.

Sondage iVOX pour Uma Health auprès de 1 000 femmes belges du 14 au 30 août 2026 : 67 % savent que les premiers signes sont possibles dès 40 ans ou avant, 13 % l’envisagent pour elles-mêmes et 30 % sont classées en échec au test de connaissances. Questionnaire et seuil d’échec non publiés.
Les résultats portent sur des réponses à une enquête, pas sur un diagnostic. Source : iVOX pour Uma Health, communiqué du 15 septembre 2026. [1]

Une transition ne commence pas nécessairement par la fin des règles

L’image d’une ménopause qui arriverait d’un seul coup, à un âge précis et avec les mêmes symptômes pour toutes, donne un repère trop étroit. L’Assurance Maladie situe généralement la ménopause naturelle entre 45 et 55 ans. Mais la périménopause est la période de transition qui l’entoure : des changements peuvent commencer alors que les règles sont encore présentes. [2]

Pour ne pas confondre les étapes, trois distinctions comptent :

  • Un âge habituel n’est pas une date personnelle. L’OMS précise qu’il n’est pas possible de prédire quand une femme donnée vivra sa ménopause.
  • La dernière règle et les premiers changements sont deux repères différents. La ménopause naturelle est reconnue après douze mois consécutifs sans règles, sans autre cause évidente. La transition peut durer plusieurs années.
  • Un symptôme connu n’est pas un passage obligé. Certaines personnes ont peu de symptômes, d’autres voient leur sommeil, leur humeur ou leur confort physique fortement affectés. [3]

Cette diversité explique pourquoi le seul récit d’une mère ou d’une amie ne suffit pas à prévoir son propre parcours. Elle a aussi une conséquence concrète souvent moins visible que les bouffées de chaleur : une grossesse reste possible pendant la périménopause. Des règles qui changent ne signifient pas que toute contraception est devenue inutile. [3]

Le silence familial laisse peu de récits auxquels se comparer

Dans la même enquête, 51 % des répondantes déclarent avoir grandi dans une famille où l’on ne parlait jamais de la (pré)ménopause. Au travail, seules 34 % estiment que le sujet est abordé ouvertement. Le premier chiffre décrit un souvenir familial, le second une perception du milieu professionnel : ils ne mesurent pas deux situations interchangeables. [1]

Ces réponses donnent une dimension sociale au décalage entre savoir et se sentir concernée. Une information peut exister sans qu’il y ait un espace pour poser une question, évoquer une gêne intime ou entendre des expériences différentes. L’OMS décrit elle aussi le manque de discussion dans les familles, les communautés et les lieux de travail, ainsi que la gêne qui peut freiner la demande de soutien. [3]

Il serait pourtant trop rapide d’attribuer les résultats du test au seul silence familial. Le communiqué ne fournit pas d’analyse permettant d’isoler cet effet. Parler davantage est une piste pour rendre le sujet moins abstrait, pas une explication démontrée de chaque réponse, ni une obligation de raconter sa santé à ses collègues.

Mettre des mots sur les changements, sans tout attribuer aux hormones

L’enjeu d’une meilleure information n’est pas de transformer chaque fatigue ou chaque mauvaise nuit en signe de périménopause. Ces manifestations peuvent accompagner la transition, mais elles ne suffisent pas, isolément, à expliquer ce qui arrive. Une information utile doit laisser place à ce qui varie, à ce qui gêne et à ce qui reste à éclaircir, plutôt qu’imposer un portrait unique de la femme ménopausée.

Illustration d’un carnet ouvert et d’un calendrier sur un bureau, avec deux mains et un crayon.
Un carnet peut servir à organiser ses observations et ses questions, sans constituer un test de ménopause.

La ménopause n’est pas une maladie, rappelle l’OMS. Cela n’oblige pas à supporter sans aide des symptômes qui pèsent sur la vie quotidienne. L’organisation recommande de discuter avec un professionnel de santé des manifestations qui affectent le bien-être, en tenant compte des antécédents, des préférences et des possibilités de prise en charge. [3] Le point de départ peut être un changement concret du quotidien, même sans avoir décidé soi-même de son origine.

Un test de connaissances dont les critères restent inconnus

Le chiffre le plus frappant du communiqué est aussi celui qui demande le plus de précautions : 30 % des répondantes sont présentées comme ayant échoué à un petit test de connaissances. Ce n’est ni un test hormonal, ni un dépistage, ni la proportion de femmes dont les symptômes auraient été ignorés. Le commanditaire a un intérêt commercial dans l’accompagnement de cette période, ce qui doit être connu au moment de lire ses résultats. [1]

Selon le communiqué, l’échantillon belge est représentatif en matière de langue, d’âge et de niveau d’études. Les réponses ne deviennent pas pour autant un état des connaissances des femmes en France. Le questionnaire complet et le seuil définissant l’« échec » ne sont pas publiés : il reste donc impossible de savoir précisément quelles notions ont posé problème et comment une réponse a été jugée insuffisante. Cette absence limite l’utilisation du chiffre pour décider quel contenu pédagogique manque le plus.