Le rapport Poison Plastics, publié en septembre 2026 par l’Environmental Justice Foundation (EJF), met les substances chimiques associées aux plastiques du quotidien au centre d’une alerte sanitaire. Son chiffre le plus frappant, 92,8 %, concerne des substances que l’organisation a pu évaluer, et non une proportion d’objets prélevés dans nos maisons. Cette différence change la lecture du résultat. [1]
L’autre chiffre du rapport éclaire le premier : pour 79,2 % des substances associées aux cinq catégories d’usage étudiées, les informations manquent pour apprécier la toxicité, l’exposition ou les deux. L’alerte porte donc à la fois sur les composés documentés et sur un vaste manque de connaissances.
92,8 % : parmi quelles substances ?
Pour interpréter un pourcentage, il faut d’abord savoir ce qui est compté. EJF distingue un ensemble de substances associées à cinq usages et, à l’intérieur, celles pour lesquelles des informations sont disponibles sur la toxicité et l’exposition. C’est ce second groupe qui sert de dénominateur au chiffre de 92,8 %. [1]
| Chiffre du rapport | Population concernée | Ce qu’il décrit |
|---|---|---|
| 79,2 % | Substances associées aux cinq catégories analysées | Informations insuffisantes sur la toxicité, l’exposition ou les deux |
| 92,8 % | Substances disposant d’informations sur la toxicité et l’exposition | Classement à haut risque par EJF selon sa méthode |
Ces deux nombres ne décrivent pas la même population. On ne peut pas appliquer le second à toutes les substances du périmètre, encore moins à l’ensemble des produits en plastique vendus. Les composés insuffisamment documentés ne sont pas pour autant déclarés inoffensifs : leur classement reste limité par l’absence d’informations.

Une analyse de base de données, pas un test de vos placards
EJF a travaillé sur PlastChem, version 1.0, une base qui rassemble des connaissances sur les substances présentes dans les plastiques ou commercialisées pour y être utilisées. Son analyse cible cinq catégories : plastiques au contact des aliments, textiles, jouets, objets ménagers, ainsi qu’articles d’hygiène et médicaux. Elle ne repose pas sur l’achat puis l’analyse chimique d’un échantillon de boîtes, de vêtements ou de jouets. [1]
Une catégorie d’usage indique où une substance peut être employée ; elle ne fournit pas la composition de chaque produit. Un composé recensé dans les textiles n’est pas nécessairement présent dans tous les vêtements. Le rapport ne permet donc pas de désigner, à partir de son seul pourcentage, un objet précis de votre logement comme dangereux.
Le périmètre est aussi borné par ce que la base permet de retrouver. EJF souligne que l’attribution d’une catégorie d’usage n’est disponible que pour une partie des substances recensées dans PlastChem. Des composés peuvent ainsi échapper à l’analyse de ces cinq usages faute d’informations sur leur destination.
« Haut risque » : un classement de précaution défini par EJF
Le mot « risque » peut faire penser à une probabilité calculée. Dans ce rapport, EJF emploie une définition de précaution : toxicité avérée ou suspectée ET exposition élevée ou potentielle. La présence ou l’utilisation d’une substance dans un plastique, ainsi que sa libération lorsqu’elle est documentée, entrent dans l’appréciation de l’exposition. [1]
Pour la toxicité, l’organisation examine plusieurs types d’effets : capacité à provoquer un cancer, à altérer le matériel génétique, à affecter la reproduction, à perturber le système hormonal ou à endommager certains organes. Un classement peut être retenu sur la base d’un effet avéré ou suspecté. Il n’affirme pas que chaque substance produit tous ces effets.
Une exposition possible n’est pas la dose reçue
La méthode sert à repérer des substances préoccupantes et à soutenir une réglementation préventive. Elle ne fournit pas, pour chaque personne, la quantité effectivement reçue, la fréquence du contact ou sa durée. Présence dans un matériau, passage hors de ce matériau et exposition d’une personne sont des étapes différentes.
Un résultat de 92,8 % dans une liste de composés évaluables n’est donc ni une chance sur cent de tomber malade, ni une mesure de contamination de votre organisme. Pour passer d’une alerte sur une substance à une estimation personnelle, il faudrait notamment préciser le produit, ses conditions d’usage et l’exposition réelle.
Planches et sachets : des expériences sur les particules, une autre question
Les études sur certains objets illustrent une étape de ce parcours, mais elles ne mesurent pas toutes la même chose. En 2023, des chercheurs ont étudié la libération de microplastiques lors de la découpe sur des planches en polyéthylène et en polypropylène. Leurs projections annuelles d’exposition reposent sur des hypothèses de pratique, pas sur une ingestion mesurée chez des consommateurs. Elles portent sur des fragments de matière, non sur un décompte des substances classées par EJF. [2]

Le communiqué de l’université autonome de Barcelone du 19 décembre 2024 décrit, lui, la libération de particules par des sachets de thé et leur interaction avec des cellules intestinales humaines en culture. Le passage de certaines particules dans ces cellules a été observé au laboratoire ; le sang de buveurs de thé n’a pas été analysé dans ces expériences. Parmi les matériaux étudiés figure aussi la cellulose, un polymère naturel, à distinguer des plastiques synthétiques. [3]
Substances, particules et microbes ne se préviennent pas de la même façon
Une planche peut enfin poser une question d’hygiène, distincte de sa composition chimique et des particules libérées par le couteau. Le transfert de micro-organismes entre un aliment cru, un ustensile et un aliment prêt à manger relève de la contamination microbienne. Le classement d’EJF ne mesure pas ce trajet et ne remplace pas les règles d’hygiène alimentaire.
L’Anses recommande de réserver une planche à la viande et au poisson crus, et une autre aux produits cuits et aux légumes propres. Elle demande aussi de laver soigneusement les plats et ustensiles utilisés pour des aliments crus avant de les réemployer après cuisson. Ces gestes ciblent le transfert de micro-organismes, quelle que soit la place des substances du matériau dans le classement chimique. [4]







