Une IRM peut-elle expliquer l’encéphalomyélite myalgique, aussi appelée syndrome de fatigue chronique (EM/SFC) ? Une équipe australienne a trouvé un indice cérébral plus faible chez des personnes atteintes de cette maladie. Publiée le 19 juin 2026 dans Frontiers in Neuroscience, l’étude explore les échanges de liquides autour des vaisseaux du cerveau, une piste pour comprendre certains troubles du sommeil et de la concentration. Elle n’a toutefois ni identifié une cause de la maladie ni mis au point un test permettant de la reconnaître chez une personne. [1]

L’intérêt du résultat est ailleurs : il rend une hypothèse mesurable. Pour comprendre ce qu’il apporte, il faut séparer trois choses que l’expression « nettoyage du cerveau » rapproche trop vite : le signal enregistré par l’IRM, le mécanisme que les chercheurs proposent et la décision médicale qu’un examen pourrait un jour aider à prendre.

L’IRM suit la diffusion de l’eau, pas l’évacuation de déchets

Le cerveau baigne dans des liquides qui échangent avec ceux présents entre ses cellules. Les voies étudiées sous le nom de système glymphatique participeraient à l’évacuation de substances produites par l’activité cérébrale. Des canaux à eau, notamment l’aquaporine-4 sur des cellules de soutien appelées astrocytes, interviennent dans ces échanges. Le sommeil est l’un des facteurs qui intéressent les chercheurs lorsqu’ils étudient leur fonctionnement.

Dans ce travail, l’équipe n’a pas recueilli ces substances à leur sortie du cerveau. Elle a utilisé une technique d’IRM de diffusion, sensible aux déplacements microscopiques de l’eau. La méthode DTI-ALPS compare la diffusion dans certaines directions : celles qui suivent les espaces autour des vaisseaux et d’autres directions de référence, dans des régions choisies du cerveau. Le résultat est un rapport, appelé indice DTI-ALPS, et non un volume de liquide évacué ou une quantité de déchets. [1]

Un indice plus élevé est interprété comme le reflet d’échanges glymphatiques plus efficaces. Cette interprétation permet de formuler une question biologique à partir d’un signal d’imagerie. Mais elle ne transforme pas l’IRM en caméra montrant le cerveau se débarrasser de ses déchets : la mesure reste indirecte.

Trois niveaux à distinguer dans l’EM/SFC : l’indice indirect de diffusion de l’eau DTI-ALPS, une hypothèse sur les échanges de liquides et un diagnostic qui reste clinique.
L’indice DTI-ALPS est une mesure indirecte. L’étude de juin 2026 compare 31 patients et 27 témoins, sans valider un test diagnostique individuel. [1] [2]

Un indice moyen plus bas chez 31 patients

Les analyses portent sur 31 adultes atteints d’EM/SFC et 27 témoins en bonne santé. Les patients avaient un diagnostic médical et répondaient aux critères de consensus canadiens ou internationaux utilisés pour leur recrutement. Les chercheurs ont enregistré les images avec une IRM à 3 teslas et rapproché les indices obtenus de questionnaires de symptômes. Il s’agit d’une étude transversale : elle compare des personnes à un moment donné, sans suivre l’apparition de la maladie.

L’indice global, calculé en faisant la moyenne des valeurs des deux hémisphères, atteint 1,44 chez les patients contre 1,51 chez les témoins. L’écart reste statistiquement significatif après la correction prévue pour les comparaisons multiples. C’est une différence de moyenne entre deux groupes, pas une frontière définissant qui est malade. L’étude ne fournit pas de seuil diagnostique individuel. [1]

Lorsque l’équipe examine les hémisphères séparément, l’écart entre patients et témoins est significatif à droite, mais pas à gauche. Pourtant, l’indice destiné à comparer l’asymétrie entre les groupes ne montre pas de différence significative. Il serait donc trompeur de résumer le travail à un « cerveau droit défaillant » ou d’y localiser la cause de l’EM/SFC.

Les liens portent sur le sommeil et la concentration, pas sur la fatigue

Chez les patients, un indice global plus faible va de pair avec des troubles du sommeil et des difficultés de concentration déclarés plus sévères. Ces associations concernent bien l’indice moyen des deux hémisphères, et non le seul indice droit. Les auteurs n’observent en revanche pas de corrélation significative avec la fatigue, ni avec les autres mesures examinées, dont la douleur ou la fonction physique. [1]

Cette distinction donne à la piste sa vraie portée. Elle mérite l’attention parce qu’elle rapproche un signal cérébral de deux difficultés importantes dans la maladie. Elle ne raconte pas encore pourquoi l’épuisement apparaît, ni pourquoi un effort peut aggraver les symptômes. L’absence de corrélation avec la fatigue dans ce petit groupe n’exclut pas un rôle biologique ; elle empêche simplement d’affirmer que l’indice en mesure la gravité.

Illustration du travail de chercheurs autour de cartes de diffusion et de matériel d’IRM.
Une différence moyenne entre deux groupes n’établit pas la capacité d’un examen à reconnaître une maladie chez un individu.

Une association, une cause et un test ne répondent pas à la même question

Le mot « découverte » peut faire attendre une explication unique. Ici, le raisonnement des chercheurs est une hypothèse : des échanges de liquides perturbés pourraient contribuer à des symptômes, éventuellement par une évacuation moins efficace de certaines substances et des phénomènes inflammatoires. L’accumulation de déchets et cette chaîne causale n’ont pas été directement observées dans l’étude.

Le sens du lien reste aussi à éclaircir. Un trouble des échanges pourrait participer aux difficultés de sommeil, mais des nuits perturbées pourraient elles-mêmes influencer l’indice. D’autres caractéristiques des participants peuvent intervenir. La comparaison ponctuelle ne permet pas de déterminer ce qui précède quoi. Les auteurs soulignent notamment le faible effectif et l’absence de prise en compte de la main dominante et de la position de sommeil, deux facteurs susceptibles d’influencer la mesure.

Les prochaines questions sont différentes selon l’usage recherché :

  • Reproduire le résultat : retrouver l’écart dans des groupes plus grands et avec des méthodes comparables.
  • Comprendre le mécanisme : suivre l’évolution de l’indice et des symptômes dans le temps, puis explorer les liens biologiques proposés.
  • Construire un test : évaluer sa capacité à distinguer l’EM/SFC d’autres situations cliniques, avec un seuil, une sensibilité et une spécificité utilisables pour un individu.

Ce dernier point exige davantage qu’une différence entre patients déjà diagnostiqués et témoins en bonne santé. Dans une consultation, la question n’est pas seulement de distinguer ces deux groupes : il faut aussi comprendre des symptômes pouvant avoir plusieurs explications. Une mesure fiable à répéter en recherche ne devient donc pas, à elle seule, un outil de diagnostic.

Le diagnostic reste fondé sur les symptômes et le bilan médical

Les recommandations britanniques NICE NG206 indiquent qu’il n’existe pas de test diagnostique de l’EM/SFC et que sa reconnaissance repose sur l’évaluation clinique. Elles décrivent un ensemble associant fatigue invalidante peu soulagée par le repos, malaise post-effort, sommeil non réparateur ou perturbé et difficultés cognitives. Le malaise post-effort correspond à une aggravation disproportionnée des symptômes après une activité, souvent retardée de plusieurs heures ou jours. L’évaluation recherche aussi d’autres maladies susceptibles d’expliquer les difficultés. [2]

Le signal DTI-ALPS ouvre ainsi un travail de recherche sur le cerveau, pas une raison de demander cet examen pour confirmer ou écarter l’EM/SFC en routine. Quant au sommeil, la question clinique demeure ce qui se passe pendant la nuit et ce que la personne ressent au réveil ou dans la journée, plutôt que la recherche d’un score parfait.

Pour les troubles du sommeil dans l’EM/SFC, NICE recommande des conseils personnalisés et réévalués, tenant compte des besoins de repos et des changements de rythme. Si ces mesures n’améliorent pas le sommeil et le repos, le guide demande d’envisager un trouble du sommeil sous-jacent et l’orientation vers un spécialiste approprié. Cette recherche d’un problème associé relève du soin dès maintenant, indépendamment du développement d’un éventuel biomarqueur cérébral. [2]