Votre médicament soulage les brûlures d’estomac, mais les risques évoqués autour des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) vous font hésiter à poursuivre. La bonne question n’est pas seulement « ce médicament comporte-t-il des risques ? ». C’est aussi : pourquoi en ai-je encore besoin ? Un IPP devenu inutile mérite d’être réévalué. Un traitement qui protège encore votre santé ne doit pas être supprimé sous le seul effet de l’inquiétude.

Le 7 octobre 2026, le CHU de Nantes a présenté les résultats de DeprescrIPP, une étude sur la réduction des prescriptions potentiellement inadaptées. Son approche consiste à informer à la fois le patient et son généraliste. L’annonce remet la réévaluation des traitements au premier plan ; l’étude, elle, avait été publiée en ligne en avril dans JAMA Internal Medicine. [1] [7]

Des effets indésirables reconnus, pas seulement des associations

L’ANSM signale, dans les informations officielles de l’oméprazole, une néphrite tubulo-interstitielle aiguë. Il s’agit d’une inflammation du rein qui peut survenir pendant le traitement et évoluer vers une insuffisance rénale. Si le médecin la suspecte, le médicament doit être interrompu et une prise en charge rapidement mise en place. Ce risque est déjà mentionné dans le document daté de mars 2023. [2]

À côté de cet effet reconnu, de nombreuses études ont observé des associations entre la prise d’IPP au long cours et différents problèmes de santé. Une association signifie que deux événements sont retrouvés ensemble ; elle ne démontre pas, à elle seule, que le médicament provoque la maladie. L’état de santé des personnes traitées et leurs autres traitements peuvent aussi intervenir.

L’essai COMPASS apporte un autre éclairage. Chez des adultes atteints d’une maladie cardiovasculaire stable, il a comparé le pantoprazole à un placebo pendant environ trois ans. En 2019, l’analyse de sécurité n’avait pas détecté de différence statistiquement significative pour la plupart des événements étudiés. Elle avait toutefois retrouvé davantage d’infections intestinales : 1,4 % sous pantoprazole contre 1,0 % sous placebo. Ces résultats ne garantissent pas l’absence de risque pour tous les IPP, toutes les personnes ou des prises pendant plusieurs décennies. [3]

Le signal rénal de COMPASS mérite aussi d’être pris au sérieux

En 2024, une analyse secondaire de COMPASS a trouvé une baisse un peu plus rapide de la fonction rénale sous pantoprazole. Les chercheurs ont mesuré l’évolution du débit de filtration estimé, un indicateur de la capacité des reins à filtrer le sang. L’essai avait initialement réparti les participants au hasard entre pantoprazole et placebo. [4]

Mais les mesures nécessaires n’étaient disponibles que pour 51 % des participants. Cette sélection peut introduire des biais, et les analyses ont été réalisées après coup, alors que l’essai n’avait pas été conçu pour ces critères rénaux. Les auteurs soulignent que la portée clinique de l’écart reste incertaine. On ne peut pas en déduire votre risque personnel.

Les mêmes chercheurs invitent à mettre en balance les risques et les bénéfices. Ils précisent que leurs résultats ne doivent pas conduire à éviter les IPP lorsqu’une indication forte existe. La discussion est particulièrement importante si le bénéfice du traitement est faible ou si le risque rénal est déjà élevé.

Revenir à la raison de la prescription

Les IPP réduisent la production d’acide dans l’estomac. Ils peuvent traiter un reflux ou protéger contre certaines complications digestives. La protection n’est pas automatique : la Haute Autorité de santé recommande notamment de les associer aux anti-inflammatoires lorsqu’il existe des facteurs de risque de complications digestives, et non chez tous les patients. [5]

Pour le traitement initial d’un reflux sans œsophagite chez l’adulte, la HAS donne un repère de quatre semaines. Ce n’est pas une date d’arrêt universelle. Une maladie chronique peut justifier de poursuivre, avec des réévaluations régulières. Une œsophagite sévère, un œsophage de Barrett ou un risque élevé d’hémorragie digestive demandent une attention particulière avant d’envisager l’arrêt.

Dans leur avis d’experts de 2022, les gastroentérologues de l’American Gastroenterological Association recommandent de fonder la déprescription sur l’absence d’indication persistante, plutôt que sur la seule peur des effets associés. Cela n’efface pas un effet indésirable suspecté : celui-ci relève d’une évaluation médicale propre à votre situation. [6]

IPP : examiner les risques, vérifier l’utilité du traitement et décider avec le médecin de son maintien ou de sa réduction, sans arrêter seul.
La réévaluation porte sur le bénéfice attendu et les risques propres à votre situation. Un effet indésirable suspecté demande une évaluation médicale. [5] [6]

À Nantes, informer le patient change la réévaluation

DeprescrIPP a inclus des adultes prenant un IPP depuis au moins un an, suivis en médecine générale dans deux régions de l’ouest de la France. Les cabinets étaient répartis entre trois approches : une brochure pour les patients et un outil d’aide à la décision pour les médecins, le même outil envoyé aux médecins seuls, ou les soins habituels. [7]

Au bout d’un an, les chercheurs ont regardé qui avait réduit d’au moins 50 % sa consommation annuelle estimée à partir des remboursements. La mesure utilise des doses quotidiennes standardisées, les DDD, pour comparer les quantités sur l’année. Elle ne signifie ni diviser chaque prise par deux, ni arrêter complètement. [7]

ApprochePatients atteignant cette réduction annuelle à un an
Patient et médecin informés14,9 %
Médecin informé seul7,7 %
Soins habituels7,0 %

Les symptômes de reflux ont été évalués dans un échantillon de 10 % des patients, sans différence statistiquement significative entre les groupes. [7] Cela ne démontre ni l’absence de symptômes chez chacun, ni un arrêt sans risque. Le protocole avait d’ailleurs prévu qu’une évaluation à douze mois pourrait manquer un rebond d’acidité survenu plus tôt. [8]

Préparer une discussion, pas un arrêt en solitaire

Lors du prochain renouvellement, vous pouvez demander quelle indication justifie encore l’IPP, quel bénéfice il vous apporte et si la dose reste adaptée. Signalez aussi les autres médicaments que vous prenez. Le médecin et le pharmacien peuvent ainsi revoir ensemble la prescription, les interactions et la suite du suivi.

Si une réduction ou un arrêt est décidé, un rebond transitoire d’acidité peut survenir. Il vaut mieux savoir à l’avance comment réagir et qui contacter. L’avis d’experts de l’AGA envisage aussi bien une diminution qu’un arrêt direct chez les personnes évaluées : il n’existe pas un calendrier de réduction à appliquer soi-même à tous les IPP.

Vous n’avez donc pas à choisir entre ignorer les risques et renoncer à un traitement utile. Faites réévaluer l’indication avec votre médecin, en tenant compte de ce que l’IPP traite, de vos antécédents et des éventuels effets indésirables. L’objectif est de conserver ce qui vous protège, et de ne pas prolonger ce qui n’est plus nécessaire.