Quitter la pilule, est-ce renoncer à se protéger d’une grossesse ? L’entretien accordé à BFM le 11 octobre par Nathalie Bajos, directrice de recherche à l’Inserm, remet cette question au premier plan. La sociologue décrit des difficultés d’accès, une défiance envers les hormones et des attentes de partage de la charge contraceptive. Mais les résultats de l’enquête « Contexte des sexualités en France » invitent à distinguer deux mouvements : le changement de méthode et l’absence de contraception. [1] [2]

La pilule perd sa première place, pas la contraception dans son ensemble

En France hexagonale, la pilule était utilisée par 55,8 % des femmes concernées en 2005. Cette proportion descend à 36,4 % en 2016, puis à 26,8 % en 2023. L’Inserm décrit une désaffection ancienne, accentuée après la crise médiatique de 2012 autour des pilules de troisième et quatrième génération. Le recul ne date donc pas des courriers sur le désogestrel envoyés en 2026. [1]

Pendant ce temps, d’autres méthodes prennent davantage de place. Le dispositif intra-utérin, ou DIU, aussi appelé stérilet, devient le plus utilisé en 2023 : 27,7 %, juste devant la pilule. Le préservatif représente 18,6 % des pratiques. Ces données décrivent un paysage contraceptif qui se transforme, plutôt qu’un départ général vers l’absence de protection.

Un DIU est un petit dispositif placé dans l’utérus. Il existe des modèles au cuivre et des modèles hormonaux. La progression des DIU ne mesure donc pas, à elle seule, un recul de toutes les hormones. Le chiffre publié regroupe cette catégorie sans permettre de qualifier chaque choix individuel. De même, les pourcentages des différentes méthodes ne suivent pas les parcours de chaque femme : ils ne disent pas quelle proportion des anciennes utilisatrices de pilule a choisi précisément le DIU ou le préservatif.

Les 9 % sans méthode concernent une population bien précise

L’enquête indique que 91,0 % des femmes de 18 à 49 ans concernées utilisent une contraception en 2023. Les 9,0 % restants déclarent ne recourir à aucune méthode. Ce dénominateur compte : il s’agit de femmes ayant eu des rapports hétérosexuels dans l’année, qui ne sont ni enceintes ni stériles et qui ne souhaitent pas de grossesse. Ce n’est pas une proportion calculée parmi toutes les femmes, quels que soient leur âge ou leur vie sexuelle. [1]

L’autre précision change la lecture du chiffre : selon la présentation des résultats de l’Inserm, la couverture contraceptive globale reste stable depuis 2016. On ne peut donc pas utiliser les 9 % de 2023 pour annoncer, sur cette période, un doublement du non-recours chez l’ensemble des 18–49 ans. Le recul de la pilule est réel, mais la couverture globale et la répartition des méthodes sont deux indicateurs différents.

Repères CSF 2023 : 91,0 % des 18–49 ans concernées utilisent une contraception ; chez les 18–29 ans, l’absence de méthode passe de 4,3 % en 2016 à 8,7 % en 2023.
France hexagonale. Les femmes concernées ont eu des rapports hétérosexuels dans l’année, ne sont ni enceintes ni stériles et ne souhaitent pas de grossesse. Les pourcentages des méthodes présentées ne couvrent pas toutes les méthodes. Source : Inserm, CSF 2023. [1]

Chez les 18–29 ans, le recul de la couverture est bien mesuré

Le constat est différent parmi les plus jeunes femmes concernées. Entre 2016 et 2023, la proportion des 18–29 ans sans contraception passe de 4,3 % à 8,7 %. Elle a donc doublé, tout en restant minoritaire. La pilule demeure leur première méthode, mais sa place diminue fortement, de 54,3 % à 36,6 %. Dans le même groupe, le DIU progresse de 10,9 % à 19,3 %, et le préservatif de 18,6 % à 22,3 %. [1]

Ces changements se produisent ensemble. Une partie du recul de la pilule s’accompagne d’un recours accru à d’autres méthodes, tandis que l’absence de couverture augmente aussi. Présenter les jeunes femmes comme ayant toutes abandonné la contraception effacerait ces trajectoires différentes.

Pour expliquer les difficultés, Nathalie Bajos met notamment en avant, dans son entretien à BFM, les obstacles financiers et l’offre de soins, surtout pour les femmes défavorisées et migrantes. Elle évoque aussi le refus d’une contraception médicalisée et le souhait de partager la charge avec le partenaire. Ce sont les facteurs qu’elle propose pour comprendre le non-recours, pas un calcul attribuant chaque variation de l’enquête à une cause unique. [2]

L’information de 2026 sur le désogestrel répond à une autre question

Les courriers récents concernent le risque de méningiome associé à certaines contraceptions. L’ANSM explique que la campagne d’information vise notamment les femmes ayant eu une prescription remboursée de désogestrel 75 microgrammes dans les douze derniers mois. Le désogestrel est un progestatif, une substance utilisée dans des contraceptifs hormonaux. Cette campagne peut susciter une discussion sur le traitement actuel ; elle ne peut pas expliquer rétroactivement les pratiques mesurées en 2023. [3]

Un méningiome est une tumeur des enveloppes du cerveau, le plus souvent non cancéreuse. Selon sa taille et sa localisation, il peut néanmoins provoquer des troubles graves. L’ANSM qualifie de très faible le risque avec ces contraceptifs, tout en précisant que la durée d’utilisation, l’âge et les progestatifs pris auparavant interviennent dans l’évaluation. Les avertissements sur une molécule ne sont pas interchangeables avec ceux de toutes les pilules ou de tous les traitements hormonaux.

Illustration d’un carnet, d’un calendrier et d’une plaquette près de deux mains.
La réévaluation tient compte notamment de l’âge, de la durée d’utilisation et des traitements progestatifs antérieurs. [3]

Changer de méthode suppose aussi de préparer la suite

L’agence recommande de poursuivre normalement la contraception et de ne pas l’arrêter sans avis médical, en raison du risque de grossesse non désirée. Pour une utilisatrice inquiète après réception du courrier, elle propose d’aborder la question lors de la prochaine consultation de routine, sans rendez-vous urgent motivé par le seul courrier. L’arrêt, la poursuite ou le changement se discutent avec le médecin ou la sage-femme. [3]

Cette réévaluation sert à mettre en regard les besoins, les antécédents et les contraintes de la vie quotidienne. Elle permet aussi de parler des alternatives sans transformer une alerte ciblée en injonction à reprendre la pilule, ou à quitter toutes les hormones. L’ANSM demande une réévaluation annuelle de la contraception au cours d’une consultation de routine.

Pour le désogestrel, l’ANSM ne recommande pas d’IRM cérébrale systématique, compte tenu du risque très faible. Des symptômes évocateurs, comme des maux de tête persistants, des troubles visuels ou une faiblesse musculaire, doivent en revanche être signalés au médecin ou à la sage-femme, qui évaluera la nécessité d’examens. Une exposition antérieure prolongée à certains progestatifs à risque fait également partie des éléments à examiner : le suivi dépend du parcours médicamenteux, pas seulement du mot « pilule ». [3]