Une consultation peut se terminer avec une ordonnance, sans que tout soit réglé pour la suivre. Comprendre les consignes dans une autre langue, trouver un interlocuteur pour une démarche ou parler d’une difficulté sociale demande parfois un accompagnement supplémentaire. Dans les centres et maisons de santé participative, ce travail mobilise une équipe. Son financement ne se résume pas au paiement des consultations.

C’est ce qui se joue dans la mobilisation du 8 octobre 2026 devant le ministère de la Santé. [4] Une centaine de soignants, d’usagers et de soutiens ont demandé des moyens pérennes pour les structures d’exercice coordonné participatif, les SECPa. Leur inscription dans le projet de budget de la Sécurité sociale pour 2027 ne dissipe pas toutes les inquiétudes : reconnaître un modèle, définir qui y entre et financer ses équipes sont trois questions différentes.

Ce que le paiement d’une consultation ne couvre pas

Les SECPa sont des centres et des maisons de santé qui associent soins, prévention, participation des habitants et accompagnement des personnes en situation de vulnérabilité. Elles ne désignent donc pas toutes les structures où plusieurs professionnels exercent à la même adresse. L’expérimentation lancée en 2021 porte sur une organisation particulière, issue du dispositif « article 51 », qui permet de tester de nouvelles façons de travailler et de les financer.

L’enjeu est de prendre en compte ce qui peut empêcher une personne d’accéder aux soins ou de poursuivre son suivi : la langue, l’isolement, la précarité, mais aussi les contraintes de sa vie quotidienne. La coordination entre métiers sert à traiter ces difficultés sans demander au médecin de répondre seul à toutes les dimensions d’une situation.

Dans sa présentation de l’expérimentation, France Assos Santé décrit quatre dotations consacrées au temps humain : des activités participatives assurées notamment par des médiateurs, des travailleurs sociaux ou des accueillants ; le temps des professionnels de santé consacré à la démarche participative ; l’interprétariat professionnel ; et les psychologues. Ces dotations ne sont pas destinées au matériel ni aux locaux. [3]

Il faut ainsi pouvoir rémunérer une personne qui accueille, traduit ou coordonne, mais aussi dégager du temps pour que les soignants travaillent avec les usagers. Une activité utile au parcours n’est pas forcément une consultation supplémentaire que l’on peut facturer. C’est la raison d’être d’un financement complémentaire, distinct du paiement à l’acte.

Les dotations de l’expérimentation SECPa financent du temps humain : accueil et médiation, démarche participative des soignants, interprétariat et psychologues.
Les quatre dotations de l’expérimentation soutiennent du temps humain, pas le matériel ni les locaux. Elles ne constituent pas une garantie de financement pour 2027. [3]

Une place dans le projet de loi n’est pas encore un financement assuré

Le projet de loi de financement de la Sécurité sociale, ou PLFSS, fixe le cadre proposé pour l’année suivante. Le PLFSS 2027 reste un projet, pas une loi adoptée. Son contenu peut encore évoluer pendant l’examen parlementaire.

Le dispositif présenté prévoit une rémunération forfaitaire complémentaire pour les structures labellisées. Mais les montants et les modalités doivent être déterminés par un arrêté ministériel. Autrement dit, le principe d’un financement peut figurer dans le texte sans que chaque équipe sache déjà de quelles ressources elle disposera et dans quelles conditions. [5]

Cette différence explique pourquoi la reconnaissance attendue ne met pas fin à la mobilisation. Le forfait est une enveloppe destinée à soutenir une organisation, pas le remboursement automatique de chaque action réalisée. Pour permettre à une équipe de se projeter, il faut connaître son montant, ses règles d’attribution et sa durée, en plus du cadre légal.

Le label pose aussi la question des structures qui pourront entrer

Un second enjeu concerne l’accès au dispositif. Le projet présenté prévoit une labellisation par les agences régionales de santé et des quotas régionaux. Les représentants des structures craignent qu’un cadre trop restreint empêche d’autres équipes, qui mènent déjà ce travail ou souhaitent le développer, de les rejoindre. [5]

Être reconnu dans un texte ne signifie donc pas que tout centre ou toute maison de santé bénéficiera du financement. Le label, les critères et les possibilités d’admission détermineront son périmètre réel. Pour les usagers, cette distinction évite de confondre une évolution nationale annoncée avec un service déjà disponible dans leur quartier.

Le collectif réclame précisément une généralisation, et pas seulement la poursuite d’un cercle fermé de structures. Dans son communiqué du 8 septembre 2026, antérieur à la manifestation, il demande la reconnaissance des missions des SECPa dans le Code de la santé publique, un cadre de financement avec l’Assurance maladie et un appel à manifestation d’intérêt en 2027 pour permettre à de nouvelles équipes de candidater. [1]

Les 40 millions demandés visent le maintien et l’élargissement

Ce même communiqué réclame 40 millions d’euros pour 2027. La demande couvre à la fois la poursuite et la montée en charge des structures expérimentatrices, ainsi que l’entrée de nouvelles structures. Il ne s’agit ni d’une somme déjà accordée ni du seul budget nécessaire pour maintenir les équipes actuellement engagées. [1]

La revendication s’inscrit dans une discussion engagée depuis plusieurs mois. Le 3 juillet, le collectif expliquait avoir travaillé avec les services ministériels sur des simulations destinées à stabiliser le modèle de financement. Il demandait alors au gouvernement de valider le modèle et de l’inscrire dans le PLFSS. Un travail préparatoire et des engagements politiques ne suffisent pas, à eux seuls, à ouvrir un financement durable. [2]

Le collectif demande aussi des textes permettant une entrée en vigueur dès le 1er janvier 2027. Cette date est un objectif revendiqué, pas une échéance acquise. La pérennisation dépendra du texte finalement adopté et des modalités qui permettront effectivement de le mettre en œuvre.

Pour les patients, l’enjeu se situe entre les consultations

La participation ne se limite pas à recueillir un avis une fois les décisions prises. Le modèle décrit par France Assos Santé invite les professionnels à tenir compte des conditions dans lesquelles une personne peut suivre les soins proposés, et à construire des actions avec les habitants. Des ateliers ou des groupes de travail peuvent faire partie de cette démarche. [3]

Des adultes assis en cercle participent à un échange avec une animatrice dans une salle collective.
Les ateliers et les échanges avec les habitants font partie de la démarche participative, au-delà des consultations.

Cet accompagnement peut associer un besoin médical à une difficulté linguistique, sociale ou psychologique. La présence de psychologues parmi les dotations de l’expérimentation rappelle que l’écoute et le soutien ont aussi besoin de temps et de professionnels. Cela décrit l’organisation recherchée ; cela ne permet pas de promettre le même bénéfice clinique à chaque patient.

Les prochaines décisions devront donc répondre à des questions très concrètes : quelles équipes seront éligibles, quels moyens leur seront attribués et à partir de quand pourront-elles compter dessus ? La reconnaissance est une étape, mais ce sont ces réponses qui permettront de savoir quelle continuité peut être assurée aux personnes accompagnées.

Pour l’heure, l’inscription des SECPa dans le projet de loi ne garantit pas encore les moyens de leur fonctionnement. Derrière la discussion sur le label et le forfait, il y a une question simple : comment financer durablement le travail collectif qui aide les soins à trouver une suite dans la vie quotidienne ?