Un mal de tête, une douleur au ventre, une gêne au visage : selon la zone concernée, l’écart entre femmes et hommes change beaucoup. Une étude mondiale publiée le 5 octobre dans Nature Medicine retrouve davantage de douleurs déclarées chez les femmes dans les onze zones du corps étudiées. Les différences relatives les plus importantes concernent le visage, la tête et l’abdomen. [1]
Ces trois résultats attirent l’œil : +83 %, +74 % et +60 %. Mais que compare-t-on exactement ? Le nombre de personnes qui déclarent une douleur, et non la force de ce qu’elles ressentent. C’est cette distinction qui permet de comprendre les chiffres sans leur faire dire davantage.
Visage, tête, abdomen : trois écarts à remettre à la bonne échelle
Les chercheurs ont rassemblé des données portant sur 6,1 millions de personnes dans 118 pays et territoires. Ils ont rapproché les réponses issues de nombreuses enquêtes, malgré leurs différences de formulation, pour comparer les douleurs selon leur localisation. Les observations ont été recueillies entre 1990 et 2025 : il ne s’agit pas des mêmes personnes suivies pendant toute cette période.
Pour chaque zone, le résultat compare la proportion de femmes et d’hommes déclarant une douleur. Voici les trois écarts relatifs les plus élevés. [1]
| Zone douloureuse | Fréquence chez les femmes, par rapport aux hommes |
|---|---|
| Visage | 1,83 fois la fréquence, soit +83 % |
| Tête | 1,74 fois la fréquence, soit +74 % |
| Estomac ou abdomen | 1,60 fois la fréquence, soit +60 % |
Le +83 % pour le visage n’est pas une proportion de femmes touchées. Il indique une fréquence plus élevée par rapport à celle des hommes. Et la zone où cet écart relatif est le plus grand n’est pas forcément celle où la douleur est la plus courante : dans l’ensemble des données, la douleur au visage concerne environ 2 % des personnes, contre 40 % pour le dos. [1]

Une hausse relative n’est pas un nombre de points en plus
Prenons un exemple fictif pour rendre la comparaison plus concrète. Si 10 % des hommes déclaraient une douleur donnée, une fréquence 1,83 fois plus élevée chez les femmes correspondrait à 18,3 %. L’écart serait de 8,3 points de pourcentage, et non de 83 points. Ces valeurs servent seulement d’exemple, ce ne sont pas les taux mesurés pour le visage.
Il faut donc connaître la fréquence de départ pour traduire un écart relatif en proportion de personnes. À lui seul, un « +83 % » ne donne ni le nombre de femmes concernées, ni la probabilité personnelle d’avoir mal. Il compare deux groupes, avec leurs situations et leurs différences.
Plus de personnes ont mal ne veut pas dire une douleur plus forte
Avoir mal et avoir très mal sont deux questions différentes. Les trois chiffres du tableau mesurent la fréquence des douleurs déclarées, pas leur intensité. On ne peut donc pas en déduire qu’une douleur au visage serait 83 % plus forte chez une femme que chez un homme.
L’étude examine aussi, séparément, les douleurs de forte intensité, définies par une note moyenne d’au moins 7 sur 10. Elles sont également plus fréquentes chez les femmes. Là encore, le résultat décrit la proportion de personnes dépassant ce seuil, pas une augmentation de la note de douleur elle-même. [1]
Une autre nuance compte : les réponses portent surtout sur des douleurs actuelles ou récentes. Une douleur déclarée n’est pas automatiquement une douleur chronique. Ces données ne disent pas, pour chaque personne, combien de temps les symptômes durent ni quelle maladie les explique.
Pourquoi un tel écart ? Les chiffres ne départagent pas les causes
Cette cartographie montre où les différences sont les plus marquées. Pour comprendre leur origine, il faut examiner plusieurs pistes. Dans un entretien à newsGP, la médecin australienne Adele Stewart, responsable du groupe douleur du RACGP, évoque notamment le rôle possible des variations hormonales dans la sensibilité à la douleur, au fil du cycle menstruel, de la grossesse ou de la ménopause. Elle rappelle aussi l’influence de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux. [2]
Ce sont des pistes d’explication, pas des causes établies par cette étude. Les enquêtes rassemblées n’isolent pas la part de chaque mécanisme dans les écarts observés. La façon de comprendre les questions et de rapporter les symptômes peut aussi varier selon les langues et les contextes, malgré le travail d’harmonisation des chercheurs. [1]
Enfin, ces résultats donnent des repères à l’échelle de populations. Ils ne prédisent pas votre parcours : la plupart des données comparent des personnes d’âges différents, sans suivre l’évolution de chacune. Pour comprendre ces trois grands écarts, gardons donc la même clé de lecture : davantage de femmes déclarent ces douleurs, sans que les pourcentages mesurent leur intensité ou expliquent à eux seuls leur origine.






