Un insecticide interdit peut encore entrer dans un logement. Le vendredi 2 octobre 2026, à Garges-lès-Gonesse, un adulte et un bébé de dix mois ont inhalé du Sniper puis ont été transportés en urgence relative au centre hospitalier de Gonesse, rapporte La Gazette du Val-d’Oise sur Actu.fr dans son article du 3 octobre. Deux adultes et deux enfants étaient présents lors de son utilisation. [1]

Comment un tel produit reste-t-il accessible ? L’interdiction a retiré le dichlorvos des insecticides ménagers autorisés, mais elle n’a pas fait disparaître sa circulation illégale. L’alerte dépasse cet accident : une actualisation publiée par l’Anses en avril 2026 décrit les expositions enregistrées par les centres antipoison entre 2023 et 2025.

Interdit depuis 2013, mais proposé sur des marchés et en ligne

Le Sniper 1000 EC DDVP contient du dichlorvos, une substance de la famille des organophosphorés. Son usage dans les insecticides biocides ménagers est interdit en France depuis 2013. Il est toxique par inhalation, par contact avec la peau et par ingestion. Il peut notamment provoquer des troubles respiratoires, oculaires ou neurologiques, jusqu’à la perte de connaissance. [2]

Pourtant, des flacons sont encore proposés sur des marchés, dans des bazars ou sur Internet, notamment pour lutter contre les punaises de lit et les cafards. L’Anses décrit des produits importés principalement d’Afrique subsaharienne et un trafic qui, fortement implanté en Île-de-France, s’étend à d’autres grandes villes. [3] La présence d’une annonce ou la recommandation d’une connaissance ne rendent pas ce produit autorisé.

Le circuit peut aussi être moins visible qu’un achat en ligne. Dans les dossiers où le mode d’obtention était renseigné, certaines personnes avaient reçu le produit d’un tiers ou l’avaient rapporté de l’étranger. Un flacon peut ainsi passer de main en main avant d’être utilisé dans une pièce de vie.

434 personnes exposées, dont 320 avec des symptômes

Dans Vigil’Anses n° 28, paru en avril 2026, le bilan porte sur la période du 1er janvier 2023 au 31 décembre 2025. Les centres antipoison ont enregistré 363 événements concernant le Sniper : 351 situations d’exposition et 12 demandes d’information sur la possibilité de l’utiliser. Au cours de ces expositions, 434 personnes ont été exposées, dont 320 symptomatiques. [3]

Pourquoi deux nombres ? Une personne exposée a été en contact avec le produit. Une personne symptomatique a présenté des troubles. Les 320 personnes avec des symptômes font donc partie des 434 personnes exposées, elles ne s’y ajoutent pas. De même, plusieurs personnes peuvent être concernées par un seul événement, comme lorsque le produit est diffusé dans un logement occupé.

Expositions au Sniper signalées aux centres antipoison en France entre 2023 et 2025 : 434 personnes exposées, dont 320 symptomatiques. Les signalements ne sont pas exhaustifs.
Les personnes symptomatiques sont incluses parmi les personnes exposées. Données des centres antipoison pour 2023–2025, publiées dans Vigil’Anses n° 28 en avril 2026. [3]

Ces chiffres proviennent des appels aux centres antipoison. Ils ne recensent pas toutes les expositions survenues en France et ne constituent pas un bilan de 2026. L’accident rapporté à Garges-lès-Gonesse en octobre se situe après la période étudiée.

Le domicile concentre les situations signalées

Parmi les 351 événements d’exposition, 255 étaient liés à l’utilisation du produit au domicile pour lutter contre des nuisibles. Dans 39 autres événements, un enfant avait ingéré du produit laissé à sa portée. Le bilan comprend aussi des ingestions volontaires dans un contexte suicidaire. [3] Il rassemble donc des circonstances différentes, avec des voies d’exposition qui ne sont pas interchangeables.

Pour l’accident de Garges-lès-Gonesse, La Gazette rapporte une inhalation. Le nuisible visé et le lieu d’achat du flacon ne sont pas précisés. Le récit local illustre une exposition dans un logement, sans permettre d’attribuer cet achat à un marché ou à une plateforme particulière.

La prévention commence avant l’arrivée du flacon

Le premier repère est simple : ne pas utiliser de Sniper ou de Shooter au dichlorvos. Pour les achats de produits contre les nuisibles, l’ARS Île-de-France recommande les circuits de distribution conventionnels, comme les pharmacies, les jardineries et les magasins spécialisés, où des conseils d’application et de stockage peuvent être donnés. [2]

Pour les punaises de lit, l’Anses recommande de commencer par la lutte physique, mécanique et thermique, plutôt que par la lutte chimique. Si l’infestation persiste, elle conseille de contacter un professionnel spécialisé possédant un certificat Certibiocide. [3] Chercher un insecticide interdit parce qu’un premier traitement a échoué expose les occupants à un autre danger.

Cette logique de prévention repose sur le trajet du danger : éviter l’achat du produit interdit, empêcher son utilisation dans le logement et choisir une réponse adaptée au nuisible.

Si une exposition a déjà eu lieu, appelez un centre antipoison sans attendre les symptômes, notamment celui de Paris au 01 40 05 48 48, disponible 24 h sur 24. Après une inhalation, quittez le lieu d’exposition sans vous exposer davantage ni exposer la personne qui vous aide. En cas de perte de connaissance, d’absence de respiration ou de détresse respiratoire, appelez le 15. [4]