Le West Nile n’est plus seulement une affaire de pourtour méditerranéen. Au 28 septembre 2026, Santé publique France recense 145 cas humains autochtones en France hexagonale, c’est-à-dire des infections contractées sur le territoire. Le virus a été identifié chez des personnes exposées dans sept régions, et douze départements ont détecté leurs premiers cas humains cette année. [1]

Que signifie ce bilan si vous habitez loin du pourtour méditerranéen ? Il élargit la carte des détections, mais ne dit pas combien de personnes ont été infectées au total. Pour le comprendre, suivons le virus depuis son cycle entre oiseaux et moustiques jusqu’aux cas repérés chez l’humain.

Sept régions concernées, de nouveaux départements sur la carte

Les cas dont le lieu d’infection a pu être situé se répartissent en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Occitanie, Île-de-France, Auvergne-Rhône-Alpes, Nouvelle-Aquitaine, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire. Pour 14 des 145 cas, aucun lieu précis de contamination n’a été identifié. Le bilan national publié le 30 septembre fait état de 28 cas identifiés de plus que la semaine précédente, sans que ce supplément corresponde nécessairement à des infections survenues pendant cette seule semaine.

Parmi les douze départements avec une première détection humaine en 2026 figurent la Drôme, le Rhône et l’Isère, mais aussi la Loire-Atlantique, le Maine-et-Loire, la Vendée et le Loiret. En Île-de-France, les Hauts-de-Seine, la Seine-et-Marne et les Yvelines rejoignent les départements déjà concernés. L’Aude et le Tarn complètent cette liste en Occitanie. [1]

« Première détection humaine » ne signifie pas forcément que le virus vient tout juste d’arriver. En Gironde, par exemple, des infections chez des chevaux avaient été identifiées en 2022, avant les premiers cas humains détectés en 2023. Les animaux peuvent donc révéler une circulation avant qu’elle ne soit repérée chez l’humain. [4]

Le virus circule d’abord entre oiseaux et moustiques

Le West Nile, ou virus du Nil occidental, se maintient dans un cycle oiseaux–moustiques. Un moustique se contamine en prenant un repas sanguin sur un oiseau infecté, puis peut transmettre le virus lors d’une autre piqûre. En France, les principaux vecteurs sont les moustiques du genre Culex, présents sur l’ensemble du territoire métropolitain.

L’humain et le cheval peuvent être infectés à leur tour, mais ce sont des hôtes accidentels. Chez eux, la quantité de virus dans le sang est insuffisante pour infecter un moustique qui les pique. Ils n’entretiennent donc pas ce cycle, contrairement aux oiseaux. [3]

Cycle du West Nile entre oiseaux et moustiques Culex, avec transmission aux humains et aux chevaux sans retour vers le moustique.
Ce schéma représente la transmission par les moustiques. Les voies rares liées à une transfusion ou à une greffe n’y figurent pas. [3]

Pourquoi regarder aussi du côté des oiseaux et des chevaux lorsqu’on compte des cas humains ? Parce que le virus circule entre les oiseaux et les moustiques, et peut atteindre différents hôtes. Les informations recueillies chez les animaux et les moustiques aident à situer les zones de circulation, en complément des médecins et des laboratoires.

En Île-de-France, plusieurs signaux se sont succédé

Le bulletin régional décrit un premier signal en mai 2026 : le virus a été identifié dans des excrétas de moustiques provenant d’un piège installé dans le Val-de-Marne. Depuis juin, sept cas aviaires positifs ont été détectés dans cinq départements franciliens. Neuf chevaux symptomatiques ont également été testés positifs dans quatre départements.

Au 28 septembre, 23 cas humains exposés en Île-de-France sont recensés. Cinq autres personnes résidant dans la région ont aussi été identifiées, mais leur région d’exposition en France hexagonale reste incertaine. Elles ne sont donc pas ajoutées aux 23 cas dont l’exposition francilienne est établie. [2]

Ces observations donnent des repères dans le temps et dans l’espace. Elles ne permettent pas de relier chaque infection humaine à un oiseau, un cheval ou un piège précis.

Les cas recensés ne sont pas toutes les infections

Un bilan de surveillance compte les infections détectées et documentées biologiquement. Or, le West Nile passe souvent inaperçu : environ 80 % des personnes infectées restent asymptomatiques ou peu symptomatiques. Les autres peuvent notamment présenter une fièvre, des maux de tête ou des douleurs musculaires.

Les formes graves, dites neuro-invasives, touchent le système nerveux, avec par exemple une méningite ou une encéphalite. Elles surviennent chez moins d’une personne infectée sur cent et sont plus fréquentes chez les personnes âgées. [3]

C’est là que le compteur peut prêter à confusion : une personne qui ne ressent rien ne va pas forcément consulter. À l’inverse, des symptômes importants conduisent plus souvent à un examen et à un test. Le chiffre de 145 ne mesure donc pas le nombre total d’infections, et il ne suffit pas à calculer votre risque après une piqûre.

Trois décès franciliens, dans un sous-groupe précis

Parmi les 23 cas exposés en Île-de-France, 13 personnes ont présenté une forme neuro-invasive. Le bulletin régional rapporte trois formes neuro-invasives suivies d’un décès, chez des patients âgés de 49, 73 et 88 ans. Deux autres personnes, dont l’infection a été détectée lors de dons de sang, sont restées asymptomatiques. [2]

Comment rapprocher ces 13 formes graves du repère de moins d’une infection sur cent ? Les deux chiffres ne portent pas sur le même groupe : les 13 formes neuro-invasives concernent les cas repérés dans ce bilan régional, pas l’ensemble des personnes infectées en Île-de-France. Leur place importante parmi les diagnostics ne remplace donc pas la fréquence générale. De même, les trois décès rapportés ici ne constituent pas un bilan national.

Ce que l’environnement peut changer

Températures, pluie, périodes de sécheresse et présence des oiseaux interviennent dans les conditions de circulation du virus. Ils peuvent modifier l’activité et l’abondance des moustiques, ainsi que les contacts entre les différents hôtes.

Une synthèse scientifique consacrée à l’Europe souligne toutefois la difficulté à évaluer précisément ces effets, notamment lorsque sécheresse, fortes pluies et inondations se succèdent. Le rôle de ces facteurs varie selon les lieux et les périodes. Ils éclairent les mécanismes possibles, mais ne permettent pas d’attribuer les 145 cas français de 2026 à une cause environnementale unique. [5]

Une surveillance commune pour repérer la circulation

Le dispositif associe santé humaine, santé animale et surveillance des moustiques, dans une approche dite « une seule santé ». Les cas humains documentés biologiquement font l’objet d’un signalement obligatoire. De mai à novembre, la surveillance est renforcée par les résultats des principaux laboratoires et la sensibilisation des professionnels de santé.

Un enjeu concret est la sécurisation des produits issus du corps humain, car le virus peut, plus rarement, être transmis par une transfusion ou une greffe. Le bulletin francilien précise que les produits sanguins provenant de dons dans l’ensemble de la région sont sécurisés par l’Établissement français du sang. [2]

À mesure que de nouveaux départements détectent des infections, croiser ces différents signaux aide à situer les zones et les périodes de circulation. Les prochains bilans permettront de suivre cette évolution, avec une date de référence indispensable : les chiffres présentés ici sont arrêtés au 28 septembre 2026.