Traiter une arthrose du genou avec des rayons peut surprendre : la radiothérapie évoque d’abord le cancer. À faible dose, les chercheurs étudient une autre utilisation, destinée à agir sur l’inflammation et les symptômes. Une étude coréenne publiée le 2 octobre 2026 dans BMC Medicine relance cette piste avec un résultat positif, mais limité dans le temps et à un critère précis. [1]
Pourquoi ne pas en faire aussitôt un traitement de référence ? Parce qu’un essai favorable doit se lire avec ses autres mesures, la durée de son effet et les travaux qui l’ont précédé. Ici, un ancien essai avec irradiation simulée n’avait pas trouvé de bénéfice substantiel. Les deux résultats méritent d’être distingués plutôt que rangés dans une simple histoire de progrès.
Un avantage à quatre mois dans le nouvel essai coréen
L’étude LoRD-KNeA a réparti au hasard 114 personnes de 50 ans ou plus, atteintes d’arthrose du genou et présentant une douleur à la marche de 50 à 90 sur 100. Trois groupes recevaient une irradiation simulée, une dose totale de 0,3 gray ou une dose totale de 3 grays, chaque protocole étant réparti en six séances. Le gray, abrégé Gy, est une unité de dose de rayonnement. [1]
La comparaison principale portait sur la proportion de patients « répondeurs » à quatre mois, selon les critères OMERACT–OARSI. Ce terme désigne une amélioration répondant à une règle standardisée, pas une guérison. Dans l’analyse présentée par les chercheurs, 70,3 % étaient répondeurs avec 3 Gy, contre 41,7 % avec l’irradiation simulée. La différence était statistiquement significative.
Le groupe à 0,3 Gy comptait 58,3 % de répondeurs, sans différence significative avec le groupe simulé. Le résultat positif ne concerne donc pas indifféremment toute radiothérapie « à faible dose » : la dose et le protocole font partie de ce qui a été testé.

À douze mois, l’écart n’est plus statistiquement significatif
L’avantage du groupe à 3 Gy sur le taux de répondeurs persistait à huit mois. Il n’était plus statistiquement significatif à douze mois. Cela ne signifie pas que chaque personne avait perdu tout soulagement, mais l’essai ne montre plus, à cet horizon, un avantage statistiquement établi sur ce critère. [1]
Les autres mesures invitent également à ne pas élargir la promesse. Les variations moyennes de douleur, de fonction et des autres critères cliniques secondaires ne différaient pas significativement entre les groupes. Il en allait de même des marqueurs inflammatoires et des paramètres d’IRM. Le taux de répondeurs apporte donc un signal clinique intéressant, pas une démonstration de réparation du cartilage.
Pourquoi un essai plus ancien compte encore
Publié en ligne en 2018 puis dans le numéro de janvier 2019 des Annals of the Rheumatic Diseases, l’essai néerlandais de Mahler et ses collègues avait inclus 55 patients. Ils avaient au moins 50 ans, des douleurs malgré les antalgiques et les exercices, et recevaient six séances de radiothérapie ou six séances simulées. La dose totale était cette fois de 6 Gy. [2]
| Essai | Protocole étudié | Résultat principal |
|---|---|---|
| Pays-Bas, 55 patients [2] | 6 Gy en six séances, contre irradiation simulée. | À trois mois, 44 % de répondeurs contre 43 % ; pas de bénéfice substantiel démontré. |
| Corée, 114 patients [1] | 3 Gy ou 0,3 Gy en six séances, contre irradiation simulée. | À quatre mois, avantage significatif pour 3 Gy ; il persiste à huit mois, mais n’est plus significatif à douze mois. |
L’irradiation simulée aide à distinguer l’effet propre des rayons de celui du contexte de soins, des attentes et de l’évolution des symptômes. Que des patients s’améliorent dans le groupe témoin ne veut pas dire que leur douleur était imaginaire. Cela explique pourquoi compter seulement les personnes soulagées après un traitement ne suffit pas à prouver son efficacité.
Le nouvel essai ne rend pas l’ancien inutile. Les doses, les patients et les échéances diffèrent : ces études ne prouvent ni que doubler la dose améliore le résultat, ni que le protocole coréen conviendrait à tous. Elles posent plutôt la question des patients qui pourraient en bénéficier, pour quelle durée et avec quel rapport entre bénéfices et risques.
En attendant, le traitement de l’arthrose garde ses bases : activité adaptée, rééducation et prise en compte du poids lorsqu’une perte est nécessaire, selon l’Assurance maladie. Cette dernière relève d’un accompagnement médical ajusté à la personne. Un résultat de recherche sur les rayons ne remplace pas ces soins quotidiens. [4]
L’annonce d’ASTRO porte sur une autre étude
Un communiqué diffusé le 27 septembre à l’occasion du congrès de l’American Society for Radiation Oncology, ASTRO, décrit un essai russe de 292 participants, beaucoup plus jeunes : l’âge médian était de 38 ans. Il comparait glucosamine et chondroïtine seules au même traitement associé à 4,5 Gy en dix séances, chez des personnes de grades radiologiques 0 à 2. Il ne s’agit pas de l’essai coréen. [3]
L’annonce évoque notamment moins de prothèses dans le sous-groupe de 78 patients de grade 2 : 14 % après radiothérapie, contre 36 % dans le groupe médicaments seuls. Mais cette analyse était exploratoire ; dans l’ensemble de l’étude, la différence de recours à la prothèse n’était pas statistiquement significative.
Les participants savaient s’ils avaient reçu des rayons, et le témoin n’avait pas d’irradiation simulée. Les données d’IRM étaient incomplètes. Ces limites, signalées dans le communiqué lui-même, empêchent de présenter l’annonce comme une preuve que la radiothérapie évite une opération.

Un traitement de référence demande aussi du recul sur les risques
Aucune toxicité liée au traitement n’a été rapportée dans l’essai coréen. C’est une information rassurante dans le cadre du suivi, pas la preuve d’un risque nul. Le communiqué ASTRO précise de son côté que l’étude russe n’était pas conçue pour quantifier les effets tardifs rares ni le risque de cancer sur toute la vie. [1, 3]
Pour situer cette approche dans les soins, il reste donc à mieux préciser la durée du bénéfice, les profils qui répondent et la sécurité à long terme. Il faut aussi articuler un éventuel avis spécialisé avec le suivi habituel et la rééducation. La décision d’une prothèse dépend de la douleur et du handicap malgré les traitements, rappelle l’Assurance maladie ; elle ne se résume pas à un taux de répondeurs dans une étude. [4]
Le résultat coréen est une raison de poursuivre les essais, pas de remplacer dès maintenant un parcours de soins par six séances de rayons. Si cette option vous est proposée, demandez quel protocole est envisagé, quel bénéfice est attendu et comment le suivi sera organisé. Le point décisif reste de savoir ce qu’elle peut apporter dans votre situation, au-delà d’un résultat positif à quatre mois.







