Un médicament plus facile à obtenir est-il forcément un meilleur choix ? La question revient avec deux initiatives de septembre : une enquête de 60 Millions de consommateurs sur des produits déjà vendus sans ordonnance, et une demande des pharmaciens pour élargir les traitements qu’ils pourraient délivrer. À première vue, les messages semblent se contredire. En réalité, l’un examine les produits disponibles, l’autre les conditions d’accès à certains traitements.

33 molécules proposées, pas 33 nouveaux médicaments au comptoir

Le 23 septembre 2026, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF), l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO) et NèreS ont présenté une première liste de 33 molécules à rendre accessibles sans ordonnance, sous conseil pharmaceutique. NèreS représente les laboratoires qui produisent et commercialisent des produits de santé de premier recours : médicaments, dispositifs médicaux grand public et compléments alimentaires. Le texte porte donc la proposition de syndicats d’officine et de cette organisation professionnelle. [1]

Leur objectif affiché : apporter une réponse à certaines demandes du quotidien sans attendre un rendez-vous médical, tout en orientant vers un médecin lorsque la situation le nécessite. La liste cite, par exemple, la benzocaïne par voie topique pour des douleurs dentaires dans l’attente d’une consultation, ou le rabéprazole par voie orale contre le reflux. Ce sont des exemples de la demande, pas des conseils de traitement à appliquer soi-même.

La précision sur la voie d’administration compte. On ne parle pas de 33 nouveautés interchangeables : la proposition concerne des molécules et des usages définis, avec leurs modalités de délivrance à encadrer. Elle est destinée à l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM). Ce communiqué n’est ni une autorisation nouvelle ni un calendrier de mise en vente.

Le feu vert de 60 Millions ne mesure pas un taux de guérison

Six jours plus tôt, le 17 septembre, 60 Millions de consommateurs publiait une analyse de la composition de plus de 100 médicaments, compléments alimentaires et dispositifs médicaux, dont 90 présentés sous forme de fiches. Avec des professionnels de santé spécialisés, le magazine a examiné les ingrédients et leur dosage, les promesses des boîtes et les avertissements des notices. [2]

Dans cette sélection, 15 % reçoivent un feu vert. Mais ce classement réunit plusieurs exigences : efficacité, effets indésirables limités au regard du bénéfice et notice claire sur l’utilisation et les contre-indications. Ce n’est pas un essai clinique où seuls 15 % des patients auraient été soulagés. Ce n’est pas non plus une mesure de l’ensemble des médicaments vendus en France.

Le magazine identifie aussi 35 produits problématiques pour des raisons différentes : bénéfice insuffisant par rapport aux risques, ingrédients inadaptés, dosage ou précautions d’emploi. Tous ne sont donc pas critiqués pour une même absence d’efficacité. Une partie des autres produits peut d’ailleurs avoir un effet avéré, tout en étant déclassée pour des précautions complexes ou certains ingrédients.

Les vitamines illustrent bien l’importance de regarder le produit exact. L’enquête relève, dans un produit destiné à la ménopause, un dosage de vitamine B6 dépassant la limite de sécurité retenue. Cela ne condamne pas toutes les vitamines : le dosage et l’usage visé changent la lecture. De même, une quantité inscrite sur un emballage ne suffit pas à décider d’un besoin de supplémentation ou d’une dose personnelle.

L’enquête sur les produits et la proposition de 33 molécules concernent deux listes distinctes ; le remboursement est une question séparée.
L’enquête du 17 septembre 2026 analyse des produits existants ; le communiqué du 23 septembre propose une évolution des conditions d’accès. Sources : 60 Millions de consommateurs, FSPF–USPO–NèreS.

Un accès facilité ne remplace pas la preuve d’un bénéfice

Les deux listes ne portent donc pas sur le même ensemble de produits. L’enquête ne démontre pas que les 33 molécules proposées seraient inefficaces. À l’inverse, demander un accès sans ordonnance ne répond pas, à lui seul, aux critiques sur les compositions et les notices des produits déjà disponibles.

Pour le patient, la bonne question reste très concrète : ce traitement peut-il aider pour cette indication, à cette dose et dans ma situation ? Le nom d’une molécule ne suffit pas. La forme utilisée, la durée prévue et les autres médicaments pris comptent aussi. L’accès est une question d’organisation des soins ; le bénéfice attendu demande une appréciation du traitement et de son usage.

Le conseil pharmaceutique fait précisément partie de la proposition. Il ne faut pas le confondre avec le simple fait de choisir une boîte en rayon. L’Assurance Maladie rappelle que pouvoir acheter un médicament sans ordonnance ne signifie pas nécessairement qu’il est en accès direct : certains sont délivrés par le pharmacien avec les conseils nécessaires. [3]

Notice dépliée, emballage et plaquette de comprimés sur un bureau.

Et le remboursement ? C’est encore une autre question

Le « délistage » demandé concerne l’obligation de prescription. Il ne signifie pas automatiquement libre-service ou déremboursement. Le communiqué met en avant un accès simplifié et des économies attendues, mais il ne suffit pas à garantir un reste à payer, une prise en charge ou une économie effective pour chaque patient. Ces modalités ne peuvent pas être déduites de la seule liste.

Le taux de remboursement n’est pas davantage un verdict sommaire sur l’efficacité. Notre dossier sur la prise en charge de traitements de la sclérose en plaques montre pourquoi un service médical rendu faible ne signifie pas « sans utilité ». Il s’agit d’un autre cadre d’évaluation, pour des médicaments prescrits par des spécialistes, pas de traitements de cette proposition de 33 molécules.

Au comptoir, mieux vaut donc apporter ses questions et la liste de ses traitements que se fier à une promesse sur une boîte. Demandez le bénéfice attendu, les précautions et la durée à respecter, sans augmenter les doses ni ajouter un produit sans conseil. Si les symptômes s’aggravent, se modifient ou persistent au-delà de la durée maximale indiquée, consultez. Et un classement de produits d’automédication n’est pas une raison d’arrêter seul un traitement prescrit.