La campagne belge de vaccination contre la grippe doit débuter à la mi-octobre. Cette année, deux vaccins renforcés occupent une place particulière : la haute dose et le vaccin adjuvanté, que le Conseil supérieur de la Santé préfère à la dose standard à partir de 65 ans, avec ou sans autre facteur de risque. [1, 2]

Leurs noms peuvent donner l’impression qu’il faut choisir entre « plus puissant » et « moins puissant ». Pourtant, ils renforcent le vaccin de deux façons différentes. La recommandation belge ne désigne pas un gagnant pour tous les seniors, et la grande comparaison directe publiée en mai apporte une réponse plus nuancée qu’un classement.

Plus d’antigène ou un adjuvant : deux façons de renforcer le vaccin

Un antigène est un élément que le système immunitaire apprend à reconnaître. Dans ces vaccins, il s’agit notamment d’une protéine du virus de la grippe, l’hémagglutinine. Le vaccin à haute dose en contient davantage. Le vaccin adjuvanté garde la quantité standard, mais ajoute une substance destinée à stimuler la réponse immunitaire.

Les deux vaccins renforcés annoncés en Belgique pour 2026–2027 [1, 2]
VaccinCe qui le distingue
Haute dose : Efluelda60 µg d’hémagglutinine par souche, contre 15 µg à dose standard.
Adjuvanté : Fluad15 µg d’hémagglutinine par souche, avec l’adjuvant MF59.

Avec la haute dose, on arrive donc à quatre fois plus d’antigène, pas quatre fois plus de protection. La quantité injectée et le nombre de grippes ou d’hospitalisations évitées ne suivent pas une règle de proportion. Le bénéfice clinique se mesure chez les personnes vaccinées, en tenant compte du résultat recherché et de la saison.

Belgique, grippe 2026–2027 : haute dose à 60 µg par souche et vaccin adjuvanté à 15 µg par souche avec MF59, deux options préférées dès 65 ans. Quatre fois plus d’antigène ne signifie pas quatre fois plus de protection.
Les pictogrammes sont schématiques : ils distinguent les formulations, sans représenter une quantité de protection. Source : Conseil supérieur de la Santé [1].

La comparaison directe chez les 65 ans et plus ne désigne pas de vainqueur

Une étude publiée dans JAMA Network Open a comparé les deux formulations chez des adultes de 65 ans ou plus suivis dans un réseau de soins du nord de la Californie. Pour la saison 2023–2024, le vaccin adjuvanté s’est montré non inférieur à la haute dose contre la grippe confirmée par PCR, le test qui détecte le matériel génétique du virus. [3]

« Non inférieur » a un sens précis : les résultats ont satisfait une marge d’écart fixée à l’avance pour cette comparaison. Ils ne démontrent ni une supériorité de l’adjuvanté, ni une identité parfaite des effets. Aucune différence statistiquement significative n’a été détectée entre les deux vaccins pour ce critère.

Les résultats publiés portent toutefois sur une seule saison, et les tests étaient demandés selon l’appréciation des médecins : de petites différences restent possibles. L’étude comparait aussi des vaccins quadrivalents, contre quatre souches, alors que ceux annoncés en Belgique pour 2026–2027 sont trivalents, contre trois souches. Elle ne chiffre donc pas la protection de la campagne belge à venir.

Autre point important : il n’y avait pas de groupe à dose standard dans cette comparaison. Elle aide à choisir entre deux vaccins renforcés, mais ne mesure pas leur avantage sur un vaccin standard. Le Centre belge d’information pharmacothérapeutique en tire une conclusion pratique : cette étude ne justifie pas de privilégier systématiquement l’un des deux. [4]

Grippe confirmée et hospitalisation : le résultat mesuré change la lecture

Éviter une infection confirmée, un passage aux urgences ou une hospitalisation sont des objectifs liés, mais différents. Un résultat favorable pour l’un ne donne pas automatiquement le même bénéfice pour les autres. C’est aussi pourquoi deux études sur un même vaccin peuvent aboutir à des conclusions différentes sans répondre exactement à la même question.

Dans l’essai DANFLU-2, mené au Danemark pendant trois saisons, de 2022–2023 à 2024–2025, la haute dose a été comparée à la dose standard chez des adultes de 65 ans ou plus. Elle n’a pas réduit de façon statistiquement significative le critère principal d’hospitalisation pour grippe ou pneumonie. Le résultat plus favorable sur les hospitalisations pour grippe seule concernait un autre critère, secondaire. [5]

L’essai GALFLU, réalisé en Galice pendant les saisons 2023–2024 et 2024–2025, a lui aussi comparé la haute dose à la dose standard. Mais il concernait des adultes de 65 à 79 ans vivant à domicile. Il a trouvé moins d’hospitalisations pour grippe ou pneumonie avec la haute dose. Ce résultat ne porte donc ni sur tous les âges après 65 ans, ni sur une comparaison avec le vaccin adjuvanté. [6]

Une méta-analyse publiée en 2024, portant sur les hospitalisations associées à la grippe chez les personnes de 65 ans ou plus, allait dans le sens d’un avantage modeste des vaccins renforcés sur la dose standard. Elle réunissait toutefois des essais et de nombreuses études observationnelles, avec des résultats variables selon les saisons et les méthodes. Elle ne mettait pas en évidence de différence significative entre les vaccins renforcés. [7]

En Belgique, la préférence dès 65 ans laisse une place au choix clinique

Pour la population générale à partir de 65 ans, le CSS retient donc haute dose ou adjuvanté. Les preuves en faveur de la haute dose face à la dose standard sont plus étendues et comprennent davantage d’essais randomisés. Cela ne suffit pas à affirmer qu’elle protège mieux que l’adjuvanté chaque personne, chaque hiver.

Votre situation médicale peut néanmoins orienter le choix. L’avis belge préfère par exemple la haute dose chez les personnes de 65 ans ou plus atteintes d’une maladie rénale chronique. Cette précision ne transforme pas le vaccin à haute dose en choix automatique pour tous les groupes à risque, notamment en dessous de 65 ans. [1]

Il faut aussi distinguer l’âge d’autorisation et la recommandation : Fluad est annoncé comme autorisé dès 50 ans, Efluelda dès 60 ans. Ces seuils ne remplacent pas la préférence générale du CSS dès 65 ans. [2] Le choix pour une personne donnée se discute avec le professionnel de santé, en fonction de sa situation et des formulations effectivement disponibles.

Ne pas attendre un vaccin réputé « meilleur » si aucun renforcé n’est disponible

La disponibilité compte, mais une annonce nationale ne garantit pas le stock de chaque pharmacie. Le CSS demande de ne pas retarder la vaccination si les vaccins renforcés sont indisponibles : le vaccin à dose standard reste efficace et acceptable dans ce cas. [1]

Le choix d’une formulation s’inscrit ainsi dans une démarche de prévention, pas dans la recherche d’une marque gagnante. Pour les lecteurs qui vivent en France, le rôle du médecin traitant dans les vaccinations et la continuité du suivi relève du parcours français décrit dans notre article ci-dessous. Ce cadre ne se substitue pas aux recommandations belges.

Si vous avez 65 ans ou plus en Belgique, la question utile est donc de savoir quelle formulation convient à votre situation et peut être administrée, plutôt que d’attendre une preuve qu’un vaccin renforcé serait toujours le meilleur. Haute dose et adjuvanté restent deux options préférées pour la saison 2026–2027 ; si aucune n’est disponible, la dose standard permet de ne pas remettre la vaccination à plus tard.