Vous prenez Ozempic, Wegovy ou Mounjaro, et les chiffres du nouveau bilan de l’ANSM vous inquiètent ? Le troisième rapport de pharmacovigilance, publié le 7 octobre 2026, recense en France 515 cas graves, dont 13 décès notifiés, entre le 1er février 2025 et le 31 janvier 2026. Pour comprendre ce que cela signifie pour votre traitement, il faut distinguer les événements déclarés, leur lien avec le médicament et la fréquence réelle des complications. [1, 2]
515 cas graves : que compte ce bilan ?
La pharmacovigilance recueille des déclarations d’effets indésirables suspectés. Ces informations servent à repérer des risques, à examiner des situations préoccupantes et à adapter la surveillance. Le rapport porte sur plusieurs médicaments utilisés contre le diabète de type 2 ou, pour certains, dans le contrôle du poids. Mounjaro, à base de tirzépatide, agit sur deux récepteurs, GLP-1 et GIP.
Le bilan rassemble 2 801 cas notifiés, dont 515 graves. Les cas graves représentent 18,4 % des notifications : ce pourcentage décrit les dossiers déclarés, pas la proportion de patients traités ayant subi un accident grave. On ne dispose pas ici d’un suivi identique de toutes les personnes prenant ces médicaments. [2]

De même, le nombre de notifications par spécialité ne suffit pas à classer les médicaments du plus au moins dangereux. Leurs usages et leurs niveaux d’exposition diffèrent. Ce bilan est un outil d’alerte et d’analyse, pas un palmarès de sécurité.
840 827 patients-années, ce n’est pas 840 827 personnes
Le résumé du rapport estime l’exposition à 840 827 patients-années. Cette unité additionne des durées de traitement : une personne traitée pendant un an représente une patient-année ; deux personnes traitées six mois chacune représentent aussi une patient-année. Elle ne donne donc pas le nombre exact de personnes différentes ayant reçu un médicament.
Le rapport indique 0,6 cas grave notifié pour 1 000 personnes-années. Il s’agit d’un taux de notification, calculé avec cette exposition estimée, et non d’une probabilité individuelle de complication. Les effets qui ne sont pas déclarés n’entrent pas dans ce compte. À l’inverse, déclarer un événement ne démontre pas, à lui seul, que le médicament l’a causé. [2]
| Chiffre | Ce qu’il désigne |
|---|---|
| 2 801 cas | L’ensemble des cas d’effets indésirables notifiés sur la période. |
| 515 cas graves | Un sous-ensemble des notifications, comprenant 13 décès notifiés. |
| 840 827 patients-années | Une estimation de la durée cumulée d’exposition, pas un effectif unique de patients. |
| 17 cas graves de mésusage | Les cas graves parmi 36 notifications liées à un usage inapproprié pour perdre du poids. |
13 décès notifiés : le lien est examiné cas par cas
Le chiffre de 13 correspond aux décès recensés parmi les notifications. Il ne signifie pas 13 décès tous causalement attribués aux GLP-1. Le résumé officiel distingue plusieurs situations : un lien considéré comme possible dans deux pancréatites aiguës mortelles et un cas de cancer du pancréas, ainsi qu’un rôle indirect retenu dans deux décès par acidose lactique sous metformine, favorisée par une déshydratation. [2]

Cette analyse n’établit pas que tous les traitements de la classe provoquent ces maladies. Elle aide à comprendre où renforcer la prévention : un effet digestif important, par exemple, peut entraîner une déshydratation et contribuer à une complication avec un autre médicament. Le traitement pris, les autres prescriptions et l’état de santé doivent être examinés ensemble.
Les 17 cas graves de mésusage sont un autre repère
L’ANSM met particulièrement en garde contre les usages inappropriés pour perdre du poids. Elle rapporte 36 notifications de mésusage, dont 17 graves, avec cinq pancréatites aiguës parmi ces cas graves. Ces 17 cas ne résument donc pas les 515 cas graves de l’ensemble du bilan. [1]
Dans deux tiers des cas de mésusage rapportés, le médicament avait été obtenu hors des circuits officiels ; dans plus de neuf cas sur dix, les doses étaient trop élevées ou augmentées trop rapidement. Ces proportions concernent les cas de mésusage déclarés, pas l’ensemble des utilisateurs de GLP-1.
Un traitement de l’obésité prescrit dans ses indications n’est pas, par principe, un mésusage. Le repère pratique reste le même : ordonnance, délivrance en pharmacie et suivi médical. Acheter sur internet ou accélérer soi-même l’augmentation des doses expose à des risques que l’ANSM juge évitables. [1]
Ce qui est connu, ce qui reste à évaluer
Les troubles digestifs — nausées, vomissements, diarrhées ou douleurs abdominales — restent les effets les plus fréquemment signalés. Ils peuvent parfois conduire à une hospitalisation. Le risque de pancréatite est également connu et figure dans les notices. Le bilan attire aussi l’attention sur les carences nutritionnelles, la malnutrition et les interactions avec d’autres médicaments. [1]
D’autres observations font l’objet d’une évaluation nationale ou européenne : certaines atteintes oculaires, hépatiques, cérébrovasculaires ou des troubles de l’érection. Un signal à évaluer n’est pas un risque démontré pour toute la classe. En particulier, les cas d’AVC ou d’accident ischémique transitoire décrits ne permettent pas d’affirmer que tous les GLP-1 provoquent des AVC. [1, 2]
Que faire de ces chiffres au prochain rendez-vous ?
L’ANSM confirme un rapport bénéfice/risque favorable lorsque les médicaments sont utilisés conformément aux recommandations. Ce bilan appelle à un suivi attentif, pas à modifier seul son traitement. Les interactions méritent notamment une vigilance renforcée avec certains anticoagulants et avec la metformine, en particulier en cas de déshydratation liée à des vomissements. [1]
Pour préparer la discussion, rassemblez vos médicaments et décrivez les symptômes survenus, leur date et leur évolution. Le médecin ou le pharmacien pourra examiner la tolérance, les doses et les associations de traitements. Un effet indésirable suspecté peut aussi être déclaré selon les modalités indiquées par l’ANSM. [1]
La bonne question n’est donc pas seulement « combien de cas ont été déclarés ? », mais quel suivi est adapté à votre situation. Les chiffres permettent de repérer des problèmes à prévenir ; votre état de santé, votre indication et vos autres médicaments permettent d’en discuter concrètement avec le professionnel qui vous accompagne.







