Passer d’une injection à un comprimé, puis voir son poids baisser : c’est ce qui a été observé chez des adultes suivis aux États-Unis dans l’étude OCTANE. Novo Nordisk en a présenté les résultats le 30 septembre 2026. Après trois mois sous sémaglutide oral, la perte de poids atteignait 4,1 % en moyenne depuis le changement de traitement. Ce résultat donne un premier aperçu de ce passage au comprimé, mais ne permet pas de dire qu’il fait mieux que les injections. [1]

La question arrive aussi en France. Selon Le Figaro, la forme orale de Wegovy devrait y être disponible début novembre 2026, sans remboursement annoncé au lancement. [4] Pour comprendre ce que l’on peut attendre de cette nouvelle option, il faut d’abord regarder à partir de quel moment les kilos perdus ont été comptés.

4,1 % de moins, mais à partir de quel poids ?

Dans OCTANE, le point de départ n’est pas le poids avant tout traitement. Les personnes prenaient auparavant du sémaglutide ou du tirzépatide sous forme injectable. Les chercheurs ont suivi leur évolution après le passage au sémaglutide oral, le principe actif de Wegovy en comprimés.

La baisse moyenne correspond à environ 4 kg, pour un poids moyen de départ de 100,5 kg au début du suivi sous forme orale. Elle ne résume donc ni toute la perte de poids depuis le début des soins, ni un gain par rapport à la poursuite des injections. Une personne peut avoir déjà maigri avant le changement, une autre non.

Les résultats individuels ne se confondent pas non plus avec cette moyenne. Après trois mois, 40,7 % des participants avaient perdu au moins 5 % de leur poids depuis le passage au comprimé. Le chiffre de 4,1 % n’est pas un objectif que chaque patient devrait atteindre dans le même délai. [1]

Qui retrouve-t-on dans cette photographie à trois mois ?

L’analyse porte sur des adultes vivant avec une obésité, ou un surpoids associé à une complication liée au poids, suivis sur la plateforme américaine de télémédecine Ro. Ils n’avaient pas de diabète ni d’antécédent de chirurgie bariatrique. Surtout, seuls les patients ayant poursuivi le traitement oral pendant les trois mois ont été inclus.

Ce choix laisse de côté ceux qui l’ont interrompu plus tôt. Si une personne arrête parce qu’elle le tolère mal ou n’en est pas satisfaite, son parcours n’apparaît pas de la même façon dans cette analyse. On ne peut donc pas en déduire ce qui arrivera à l’ensemble des personnes qui essaieront le comprimé.

Autre limite concrète : les poids étaient déclarés par les patients, avec des données recueillies au fil des soins plutôt qu’à des rendez-vous identiques pour tous. Ces résultats, annoncés par Novo Nordisk dans le cadre de sa collaboration avec Ro, restent des observations à court terme dans un groupe sélectionné. [1]

Pourquoi cela ne classe pas le comprimé devant les injections

Pour savoir si le comprimé entraîne une perte de poids plus importante, il faudrait comparer des patients dans des conditions proches, certains prenant la forme orale et d’autres poursuivant un traitement injectable. OCTANE ne dispose pas d’un tel groupe de comparaison.

Le poids a baissé après le changement, mais l’étude ne dit pas ce qu’il aurait fait si les mêmes personnes étaient restées sous injections. Elle ne permet pas non plus de séparer l’effet du médicament de tous les autres changements intervenus pendant cette période. Une baisse après le passage au comprimé ne démontre pas sa supériorité.

Son apport est plus précis : chez ces patients ayant poursuivi la forme orale, une perte de poids a été observée durant les premiers mois. C’est une information sur un parcours de soins, pas un résultat permettant de choisir seul entre deux traitements.

OASIS 4 répond à une autre question

Pour évaluer l’efficacité du sémaglutide oral lui-même, on dispose aussi de l’essai OASIS 4, publié en 2025 dans le New England Journal of Medicine. Des adultes sans diabète, vivant avec une obésité ou un surpoids accompagné d’une complication, ont reçu soit du sémaglutide oral, soit un placebo, un comprimé sans principe actif. Les deux groupes bénéficiaient également d’un accompagnement sur l’alimentation et l’activité physique.

À 64 semaines, la baisse moyenne du poids était de 13,6 % sous sémaglutide oral, contre 2,2 % sous placebo. Cet essai, financé par Novo Nordisk, montre un effet sur le poids par rapport au placebo dans cette population. Il ne comparait pas le comprimé à un médicament injectable. [2]

Les 13,6 % d’OASIS 4 et les 4,1 % d’OCTANE ne sont donc pas deux étapes d’une même courbe. Le premier chiffre concerne un essai contre placebo à 64 semaines, le second un suivi de trois mois après un changement de traitement. On ne peut ni les additionner ni prolonger l’un pour prévoir l’autre.

OCTANE observe le poids trois mois après le changement chez les patients restés sous comprimé. OASIS 4 compare le sémaglutide oral au placebo à 64 semaines. Aucun des deux ne compare oral et injections.
Des questions et des durées différentes : ces pourcentages ne permettent pas de prévoir la même évolution pour une personne. [1] [2]

Un comprimé change les prises, pas tous les risques

Éviter les injections peut compter dans le choix d’un traitement. Mais la forme orale demande aussi une organisation quotidienne. L’Agence européenne des médicaments décrit une prise une fois par jour à jeun, après au moins huit heures sans manger, puis une attente de trente minutes avant de manger, de boire ou de prendre d’autres médicaments. Cette option, destinée aux adultes et soumise à prescription, accompagne l’alimentation et l’activité physique. [3]

La tolérance reste un point à discuter. Dans OASIS 4, des effets indésirables digestifs ont été rapportés chez 74 % des participants sous sémaglutide oral, contre 42,2 % sous placebo. [2] Nausées, diarrhée, constipation ou vomissements font partie des effets fréquents décrits par l’EMA. Une prise sans aiguille ne signifie pas une prise sans effets indésirables.

Si vous êtes déjà traité, les résultats d’OCTANE peuvent nourrir une discussion avec votre médecin : pourquoi envisager un changement, comment organiser les prises et quel suivi prévoir ? Le comprimé ne se remplace pas soi-même à une injection sur la seule base d’un chiffre moyen. Le bilan peut aussi porter sur les complications liées au poids, comme l’hypertension, et pas seulement sur les kilos perdus.

Au prochain rendez-vous, partez de ce qui compte dans votre quotidien : une difficulté avec les injections, un effet gênant, les contraintes du matin ou une question sur l’évolution de votre poids. Le choix se discute avec le médecin à partir de votre parcours, plutôt qu’en attendant du comprimé un résultat identique à la moyenne d’une étude.