Un gel qui reste dans le genou peut donner l’impression qu’il vient combler le cartilage usé. C’est pourtant une autre promesse qu’examinent les études sur Arthrosamid : réduire la douleur et la gêne, pas reconstruire l’articulation. La distinction change ce que l’on peut attendre de cette injection, y compris lorsque les résultats sont suivis plusieurs années.
Une revue publiée en ligne le 18 mai 2026 dans The Knee, et parue dans son numéro d’octobre, rassemble les recherches sur cet hydrogel. Son constat est nuancé : les symptômes peuvent s’améliorer, mais les données disponibles ne permettent pas d’en recommander l’utilisation courante. Ce n’est pas un nouvel essai montrant que tous les patients devraient le recevoir. [1]
« Non résorbable » décrit le gel, pas la guérison du genou
Arthrosamid est un hydrogel de polyacrylamide composé de 97,5 % d’eau et de 2,5 % de polymère réticulé, une matière organisée en réseau. Il est injecté dans l’articulation. Contrairement à un produit destiné à se résorber, cet hydrogel est conçu pour persister : c’est le sens du terme « non résorbable ». [1]
Mais la durée de présence d’un matériau ne mesure ni le cartilage régénéré ni la durée du soulagement. Un gel persistant n’est pas du cartilage neuf. Pour établir une réparation, il faudrait des résultats sur la structure articulaire ; pour établir un bénéfice pour le patient, il faut regarder sa douleur, sa mobilité et leur évolution.
La revue rapporte aussi des variations de marqueurs biologiques après l’injection. Ces observations peuvent aider à explorer une action sur l’inflammation. Elles ne suffisent pas à démontrer que l’arthrose a été réparée. Les auteurs soulignent d’ailleurs que le mécanisme reste insuffisamment compris. [1]

Face à l’acide hyaluronique, pas de supériorité démontrée
Les études ne répondent pas toutes à la même question. Quatre séries de patients rapportent une amélioration des scores de douleur, de raideur et de fonction après l’hydrogel, sur des périodes allant de six mois à trois ans. Suivre des personnes traitées donne une information utile, mais une comparaison avec un autre groupe aide à savoir ce qui revient au traitement lui-même.
Dans l’essai randomisé résumé par la revue, les chercheurs n’ont pas retrouvé de différence significative entre l’hydrogel et l’acide hyaluronique. Cela ne prouve pas que les deux traitements sont équivalents dans toutes les situations ; cela ne permet pas non plus d’affirmer que le gel fait mieux. [1]
Une autre étude comparative suggère un avantage sur les corticoïdes à six mois, sans différence significative à trois mois entre les traitements comparés. Ce résultat ne transforme pas l’ensemble des données en preuve de supériorité. C’est justement l’intérêt d’une synthèse : ne pas choisir seulement le résultat le plus favorable, mais tenir compte de la qualité des études et du recul disponible.
L’injection ne remplace pas l’accompagnement de l’arthrose
Le projet de soins ne se limite pas au choix d’un produit à injecter. L’Assurance maladie rappelle la place de l’activité physique adaptée aux douleurs, de la rééducation et d’une perte de poids lorsqu’elle est nécessaire. Le renforcement et le travail de mobilité peuvent être organisés avec un kinésithérapeute, puis poursuivis selon un programme personnalisé. [3]
Si le poids fait partie des facteurs à prendre en compte, l’objectif est de soulager les contraintes sur le genou dans un accompagnement adapté, pas de réduire chaque douleur à la corpulence. Cette question de soins reste distincte de celle de l’intérêt propre de l’hydrogel.
Les cinq ans de suivi : une amélioration observée, pas une garantie
Une publication de 2026 apporte un recul plus long après une seule injection de 6 ml. Il s’agit de l’extension observationnelle d’un essai initial : 119 personnes avaient reçu l’hydrogel, 91 sont entrées dans l’extension et 58 ont terminé le suivi à cinq ans. Le résultat à long terme ne décrit donc pas les 119 patients suivis intégralement. [2]
À cinq ans, le score de douleur WOMAC avait diminué en moyenne de 16,2 points sur une échelle de 0 à 100 par rapport au début de l’essai. Ce questionnaire évalue notamment la douleur et les difficultés liées à l’arthrose. La baisse est une amélioration moyenne observée, pas un pourcentage de patients guéris ni la promesse de cinq années sans douleur.
Surtout, la comparaison avec l’acide hyaluronique de l’essai initial n’a pas été maintenue sur ces cinq années. On ne peut donc pas lire ce suivi comme la preuve que l’hydrogel soulage davantage qu’une autre infiltration pendant cinq ans. Le nombre de personnes restant dans l’étude compte aussi pour interpréter la portée du résultat.

La tolérance mérite elle aussi un suivi
La revue signale une douleur transitoire comme effet indésirable le plus fréquent, rapportée à 16 % dans sa synthèse, sans complication grave rapportée. Dans l’extension à cinq ans, 79 événements indésirables ont été recensés chez 47 participants entre la première et la cinquième année ; aucun n’a été considéré comme lié à l’hydrogel. [1, 2]
Ces observations sont utiles, mais l’absence de complication grave rapportée n’établit pas l’absence de risque. La revue demande encore des études mieux conçues sur la sécurité, l’efficacité et le rapport coût-efficacité. La persistance du gel ne dispense donc pas de discuter de sa tolérance ni de prévoir comment son résultat sera suivi.
Pour le patient, le médecin traitant peut aider à garder le fil entre l’avis spécialisé, les autres traitements et la rééducation. Il reste aussi important de préciser quand refaire le point si la douleur persiste : l’Assurance maladie situe la décision chirurgicale dans les symptômes et le handicap malgré les traitements, pas dans la seule nouveauté d’une injection. [3]
La question utile à poser n’est donc pas « ce gel va-t-il refaire mon cartilage ? », mais « quel bénéfice réaliste peut-il apporter à mon genou, par rapport aux autres options, et avec quel suivi ? » Les résultats actuels justifient de poursuivre la recherche et une discussion individualisée ; ils ne permettent pas de confondre un soulagement possible avec une réparation démontrée.







