Défenses antivirales et infections : deux mesures différentes
Vous vapotez et vous vous demandez si vous risquez d’attraper plus facilement la grippe ou le Covid-19 ? Une étude apporte un signal sur les défenses du poumon, mais elle n’a pas compté les infections chez des utilisateurs de cigarette électronique. Pour comprendre ce qu’elle change, il faut distinguer la réaction biologique à un virus du nombre de personnes qui tombent malades.
Une exposition correspond au contact avec un virus. La réponse antivirale désigne les moyens mobilisés par les cellules et le système immunitaire pour le combattre. Une maladie diagnostiquée, elle, se constate chez une personne. Ces trois étapes sont liées, mais elles ne se mesurent pas de la même façon : observer une défense perturbée en laboratoire ne donne pas directement la fréquence des infections dans la vie quotidienne.
Les travaux publiés dans JCI Insight portent sur des cellules et tissus pulmonaires humains hors du corps, ainsi que sur des hamsters. C’est ce que signifie ici « préclinique » : des modèles permettent d’étudier des effets biologiques, pas des patients suivis pour leurs infections. L’étude a été publiée en ligne le 11 août 2026 ; National Jewish Health l’a présentée dans un communiqué du 5 octobre. [1, 2]
Ce que les chercheurs ont observé après l’exposition au vapotage
Le résultat qui concerne les virus est préoccupant : dans les modèles précliniques étudiés, une exposition préalable au vapotage a été associée à une charge virale de SARS-CoV-2 accrue, accompagnée d’une activité réduite de plusieurs gènes participant à la réponse antivirale. Le SARS-CoV-2 est le virus responsable du Covid-19. [1]
La charge virale, c’est la quantité de virus mesurée. Elle ne correspond ni au nombre de personnes contaminées, ni au pourcentage de vapoteurs qui développeraient la maladie. Ici, elle renseigne sur la présence du virus dans les modèles étudiés. De leur côté, les changements d’activité des gènes indiquent que certaines réponses de défense sont modifiées.
Pourquoi regarder ces deux résultats ensemble ? Parce qu’ils suggèrent une difficulté à contenir le virus dans ces conditions. Les auteurs évoquent ainsi une possible vulnérabilité accrue aux infections virales. C’est une hypothèse sanitaire soutenue par les observations, mais pas un risque chiffré chez les vapoteurs. [1]
Le volet animal montre également des modifications de certaines défenses immunitaires et des réponses de stress pulmonaire qui persistent après l’exposition, sur un suivi bref. Ce résultat concerne les poumons de hamsters : il ne fixe ni une durée de fragilité chez une personne, ni le moment où ses défenses retrouveraient leur fonctionnement habituel. [1]

Pourquoi cela ne donne pas un pourcentage de Covid ou de grippe
Dans la vie courante, répondre à la question « les vapoteurs attrapent-ils davantage d’infections ? » demande de suivre des personnes et de comparer les infections réellement survenues. Il faut aussi savoir de quelle infection on parle et ce qui a été compté : un test positif, des symptômes, une consultation ou une hospitalisation ne sont pas des indicateurs interchangeables.
Cette étude ne mesure pas la fréquence du Covid-19 ou de la grippe chez des vapoteurs. Elle ne permet pas non plus de dire que leurs infections seraient plus graves. Une quantité de virus accrue dans un modèle biologique n’est pas une mesure des symptômes ou des admissions à l’hôpital chez l’humain.
La distinction entre les virus compte elle aussi. Le résultat de charge virale présenté ici concerne le SARS-CoV-2. Il ne fournit pas un taux de grippe chez les utilisateurs de cigarette électronique. Réunir ces deux maladies dans une même question sur les défenses respiratoires ne rend pas leurs résultats identiques.
Pour mesurer un éventuel sur-risque, il faudrait notamment comparer des groupes dont les habitudes de vapotage sont connues, préciser leur consommation actuelle ou passée de tabac et suivre les infections pendant une période définie. Les contacts avec des personnes infectées et les autres facteurs qui diffèrent entre les groupes devraient aussi être pris en compte. C’est une autre question que celle du mécanisme biologique.
Un signal à prendre au sérieux, une confirmation humaine encore nécessaire
Ces observations ont un intérêt : elles désignent des défenses pulmonaires à examiner de plus près et donnent une raison de rechercher leurs conséquences chez l’humain. National Jewish Health précise que les résultats devront être confirmés par des études chez des personnes. [2] L’absence de mesure clinique dans ces travaux ne signifie donc pas que le vapotage est sans risque ; elle empêche de lui attribuer un effet précis sur les infections à partir de cette seule étude.
Si vous vapotez pour ne plus fumer, cette alerte ne doit pas vous conduire à reprendre le tabac. L’Anses envisage la cigarette électronique comme une option temporaire pour les personnes qui ont du mal à arrêter de fumer, exclusivement dans un parcours de sevrage, et souligne l’importance de l’accompagnement par un professionnel de santé. [3] Le suivi peut être discuté avec lui, sans déduire de ces résultats un calendrier personnel de récupération de l’immunité.
Le repère à garder est donc simple : le vapotage a perturbé certaines réponses antivirales dans des modèles précliniques. Cela justifie de poursuivre les recherches, mais ne dit pas combien de vapoteurs attrapent la grippe ou le Covid-19. Le signal biologique et le risque d’infection mesuré chez des personnes restent deux niveaux de preuve distincts.






