Vous retrouvez plus vite les paires de formes sur votre tablette. Le niveau suivant se débloque, et vous avez envie de continuer. Mais ce progrès vous aidera-t-il aussi à retenir un rendez-vous ou à retrouver votre chemin ? Réussir un jeu et mieux se débrouiller au quotidien ne sont pas le même résultat. C’est précisément ce qui rend les promesses d’« entraînement cérébral » difficiles à lire.

Du côté de l’exercice physique, les études montrent des bénéfices sur des tests cognitifs. Faut-il en conclure qu’une promenade bat un jeu de mémoire ? Pas à partir de deux synthèses qui n’étudient ni les mêmes participants ni les mêmes interventions. Pour comprendre leurs résultats, mieux vaut regarder ce qui a été mesuré que chercher un vainqueur.

Le score monte : qu’avez-vous vraiment appris ?

Reconnaître plus rapidement une suite de symboles peut d’abord traduire un apprentissage de l’exercice : vous connaissez les règles, les gestes et les pièges. La question suivante est de savoir si ce gain se retrouve dans une autre tâche.

Les chercheurs distinguent alors le transfert proche, vers des tâches ressemblant à celles de l’entraînement, et le transfert lointain, vers des capacités ou des situations plus éloignées. Par exemple, mieux réussir un autre exercice de mémoire est une chose ; gérer plus facilement ses rendez-vous en est une autre. Ces exemples servent à comprendre la distinction, pas à décrire les résultats d’un programme précis.

Ce passage du jeu à la vie courante était au cœur d’une méta-analyse de Neuropsychology Review, mise en ligne en juillet 2021 puis publiée dans le numéro de septembre 2022. Elle regroupait 43 études et 2 636 participants âgés, sans trouble cognitif ou présentant un trouble cognitif léger. Elle portait sur sept programmes commerciaux, parmi lesquels BrainHQ, CogniFit et Lumosity. Ce n’est donc ni une nouvelle étude de 2026 ni un verdict sur tous les sudoku et mots croisés. [1]

Des gains proches de l’entraînement, pas une autonomie démontrée

La synthèse retrouvait de petits effets de transfert proche dans les deux populations. En revanche, aucun transfert lointain n’était observé dans le groupe présentant un trouble cognitif léger. Chez les participants sans trouble cognitif, un petit effet apparaissait sur des mesures subjectives de transfert lointain, mais pas sur les mesures objectives. Autrement dit, ce que les personnes ressentent ou déclarent ne se confond pas avec ce que les évaluations permettent de constater. [1]

Autre nuance : chez les participants sans trouble cognitif, les analyses par domaine trouvaient initialement des gains en mémoire, en fonctions exécutives et en vitesse de traitement. Après correction du biais de publication — le fait que les résultats favorables peuvent être davantage publiés — seul le gain de vitesse de traitement restait statistiquement significatif.

On peut donc apprécier un jeu, avoir le sentiment de progresser et apprendre à mieux le réussir sans disposer d’une preuve qu’il améliore le fonctionnement quotidien. Les auteurs jugeaient les données insuffisantes pour soutenir les promesses générales d’amélioration de la mémoire, de la cognition ou de la vie courante. Cela ne signifie pas que le plaisir de jouer est sans intérêt. Cela signifie qu’il ne faut pas lui attribuer un bénéfice qui n’a pas été établi.

Trois résultats distincts : réussir un jeu, progresser à des tests cognitifs et mieux gérer les activités quotidiennes. Un résultat ne prouve pas automatiquement les autres.
Le transfert vers une autre tâche doit être évalué : progresser au jeu ne démontre pas un bénéfice dans la vie quotidienne. Méta-analyse, source [1].

L’exercice est évalué autrement, mais toujours avec des tests

Une vaste synthèse publiée en 2025 dans le British Journal of Sports Medicine apporte des arguments en faveur de l’exercice. Elle rassemble 133 revues systématiques comprenant 2 724 essais randomisés et 258 279 participants, d’âges et d’états de santé variés. Les programmes duraient au moins quatre semaines. Les groupes de comparaison recevaient notamment les soins habituels, aucune intervention ou moins d’exercice. [2]

Les résultats moyens sont favorables pour la cognition générale, la mémoire et les fonctions exécutives, ces capacités qui aident à organiser une action, changer de stratégie ou résister à une distraction. Pour la mémoire, la différence moyenne standardisée est de 0,26. Ce chiffre n’est pas « 26 % de mémoire en plus » : c’est une manière statistique de rapprocher des résultats provenant de tests différents.

Les effets restent favorables lorsque les revues de moindre qualité sont écartées, mais leur ampleur dépend des analyses. La diversité des tests et la faible qualité méthodologique de nombreuses revues imposent aussi de la prudence. Un bénéfice moyen sur un test ne dit pas de combien une personne particulière progressera, ni si elle oubliera moins souvent ses rendez-vous.

Deux adultes marchent côte à côte sur un chemin plat bordé d’arbres.
L’exercice physique est étudié avec des programmes et des tests : une promenade ne prouve pas à elle seule un bénéfice sur la mémoire.

Pourquoi le match « jeux contre marche » est trompeur

Les deux synthèses ne constituent pas un essai comparatif entre un programme cérébral et une promenade. L’une s’intéresse à des logiciels commerciaux chez des personnes âgées ; l’autre rassemble différents exercices physiques dans des populations beaucoup plus larges. Mettre leurs résultats côte à côte ne suffit pas à classer les activités.

La frontière entre jeu et exercice n’est d’ailleurs pas étanche. La revue de 2025 inclut les exergames, des jeux vidéo qui demandent de bouger. Ils présentent des résultats favorables sur la cognition et la mémoire. On ne peut donc pas utiliser cette synthèse pour affirmer que « les écrans ne servent à rien » et que seul le mouvement compterait.

Enfin, améliorer un test cognitif ne démontre pas que des cas d’Alzheimer ont été évités. Mesurer la survenue d’une maladie au fil des années répond à une autre question. L’OMS recommande de rester physiquement, socialement et intellectuellement actif pour réduire les risques, sans que cela constitue une garantie individuelle. [3]

Avant de croire une promesse, demandez quel résultat est annoncé

Si une application vous promet une meilleure mémoire, trois questions aident à préciser ce qu’elle propose :

  • Le progrès concerne-t-il le jeu lui-même, un test différent ou une activité quotidienne ?
  • Par rapport à quoi a-t-il été mesuré, et chez quelles personnes ?
  • Combien de temps a duré le programme, et sait-on ce qu’il reste du gain ensuite ?

Vous n’avez pas à choisir entre vous amuser et bouger. L’Assurance Maladie encourage les apprentissages, les jeux et une vie sociale active, ainsi que l’activité physique. Ces conseils d’entretien ne valident pas pour autant les promesses de chaque logiciel commercial. [4]

Et si des oublis se répètent, augmentent ou gênent les tâches courantes, un bon score à un jeu ne remplace pas une consultation. Le médecin examine aussi l’installation des difficultés, leur évolution et leur retentissement. Même un test médical isolé ne suffit pas à poser un diagnostic. Des troubles soudains associés, par exemple, à une faiblesse d’un membre ou à une difficulté à parler justifient un appel au 15 ou au 112. [5] [6]

Le repère utile n’est donc pas le nombre de niveaux gagnés. C’est la portée du résultat annoncé : apprendre un exercice, progresser sur un test et préserver son autonomie sont des objectifs différents. Garder cette distinction permet de profiter d’une activité sans lui demander une promesse de protection qu’elle ne peut pas tenir.