Quand on veut perdre du poids sans perdre ses capacités au quotidien, ajouter une poudre protéinée peut sembler rassurant. Une étude publiée le 2 octobre dans Nutrients a mis cette idée à l’épreuve chez 61 hommes de 60 ans et plus suivant un jeûne un jour sur deux. Son résultat invite à regarder autre chose que le nombre de kilos sur la balance : aucun avantage supplémentaire significatif sur la masse maigre n’a été détecté avec les compléments testés. [1]

Ce que les compléments ont changé dans l’essai

Tous les participants suivaient le même rythme alimentaire pendant quatre semaines : une journée où ils mangeaient librement alternait avec une journée très restreinte. Ce « jeûne alterné » autorisait alors un petit repas, et non une journée sans aucun aliment.

Ce qui variait, c’était le supplément. Un groupe recevait des protéines de lactosérum, issues du lait et contenant de la leucine. Un autre recevait surtout de la leucine, un acide aminé qui participe à la fabrication des protéines musculaires. Le groupe témoin prenait une préparation chocolatée apportant la même quantité de calories, mais sans cet enrichissement.

La comparaison portait donc sur l’intérêt d’ajouter ces nutriments pendant ce régime. Les chercheurs n’ont pas détecté de différence significative entre les groupes dans l’évolution de la masse maigre. Le complément protéiné n’a pas montré la protection supplémentaire espérée dans ces conditions.

Perdre du poids n’est pas seulement perdre du gras

À la fin des quatre semaines, le poids avait baissé de 2,2 kg en moyenne, tous groupes réunis. Les mesures montraient une diminution de 1,3 kg de masse grasse, mais aussi de 0,9 kg de masse maigre. La perte de poids ne se résumait donc pas à une perte de graisse. [1]

La masse maigre est une mesure de la composition du corps qui ne correspond pas uniquement aux muscles. On ne peut pas traduire les 0,9 kg par autant de kilos de muscles perdus. Cela reste un point important à surveiller lorsqu’on cherche à maigrir en vieillissant : le poids total ne raconte pas à lui seul ce qui change dans le corps.

Après quatre semaines chez des hommes de 60 ans et plus : poids moins 2,2 kg, masse grasse moins 1,3 kg, masse maigre moins 0,9 kg en moyenne, tous groupes réunis. Pas de différence significative détectée entre suppléments sur la masse maigre.
Évolution moyenne avant/après, tous groupes réunis : ces chiffres ne comparent pas le jeûne à une alimentation habituelle. La masse maigre ne se limite pas aux muscles. Source : Nutrients, tableau 6. [1]

La force et la masse maigre ne racontent pas la même chose

La surprise est ailleurs : malgré la baisse de masse maigre, les participants réussissaient mieux certains tests à la fin de l’essai. Leur force de préhension, mesurée en serrant un appareil dans la main, avait augmenté en moyenne. Ils marchaient aussi un peu plus vite et se relevaient plus rapidement d’une chaise. Là encore, aucun avantage significatif des suppléments n’a été détecté pour ces évolutions. [1]

Ces résultats rappellent pourquoi un bilan peut regarder à la fois la composition corporelle et les gestes que l’on arrive à faire. Mais tous les groupes jeûnaient, sans groupe conservant son alimentation habituelle. Les améliorations observées ne prouvent donc pas un bénéfice propre au jeûne sur la force ou la mobilité.

Pourquoi ce résultat ne condamne pas les protéines

Ne pas détecter de différence dans cet essai ne signifie pas que les protéines sont inutiles. Elles contribuent notamment au renouvellement des tissus musculaires, et la leucine fait partie des acides aminés indispensables apportés par l’alimentation. [2] La question était plus étroite : ces compléments apportaient-ils une protection supplémentaire pendant ce jeûne alterné ?

La réponse reste limitée à quatre semaines chez des hommes relativement en bonne santé. Les résultats ne permettent pas de répondre pour les femmes, les personnes fragiles ou celles qui souffrent de dénutrition. Ils ne disent pas non plus ce qui se passerait pendant plusieurs mois, avec d’autres apports ou un autre rythme de repas.

Les auteurs soulignent une difficulté du protocole : même dans le groupe protéiné, les apports restaient bas les jours de restriction. Ils évoquent aussi l’intérêt d’associer nutrition et renforcement musculaire. Ce sont des pistes pour comprendre le résultat et poursuivre la recherche, pas des stratégies comparées dans cet essai : aucun programme de musculation n’y était testé.

Et si vous envisagez de maigrir après 60 ans ?

Avant d’acheter un complément ou de commencer un jeûne, prenez le temps de discuter de votre objectif avec un professionnel de santé. Le bilan peut porter sur votre alimentation, votre état de santé et vos capacités physiques, plutôt que sur un nombre de kilos à atteindre. Les participants de l’essai avaient été sélectionnés, notamment pour écarter plusieurs maladies pouvant rendre ce régime inadapté.

Le renforcement musculaire garde sa place dans les repères d’activité physique : l’OMS le recommande et souligne qu’il est bénéfique à tous les âges. [3] Choisir une activité adaptée à vos capacités, puis trouver comment la conserver dans vos journées, est une question différente de celle de l’efficacité d’une poudre.

Au prochain rendez-vous, vous pouvez partir d’un objectif concret : marcher plus facilement, vous relever d’une chaise ou garder de la force pour vos activités. Suivre vos capacités en même temps que votre poids aide à préciser ce que vous souhaitez préserver, et à discuter de la place éventuelle d’un complément dans un accompagnement adapté.