Le nom « diabète de type 5 » revient dans l’actualité en octobre 2026, mais la reconnaissance portée par la Fédération internationale du diabète remonte à 2025. Ce décalage compte : on parle d’une forme de diabète longtemps mal identifiée, pas d’une maladie apparue cette semaine.
Derrière cette appellation, une question très concrète se pose. Comment mieux soigner une personne qui produit trop peu d’insuline et a vécu une sous-nutrition prolongée, lorsque les catégories habituelles ne décrivent pas bien sa situation ? La reconnaissance doit aider à organiser la recherche et les soins. Elle laisse aussi plusieurs questions ouvertes.
Une reconnaissance en 2025, après des décennies de discussion
L’histoire commence bien avant le numéro 5. En 1985, l’Organisation mondiale de la santé avait classé le diabète lié à la malnutrition dans une catégorie spécifique. Elle l’a retirée en 1999, faute de preuves suffisantes pour établir que la sous-nutrition pouvait, à elle seule, causer cette forme de diabète.
En janvier 2025, des experts réunis à Vellore, en Inde, ont proposé l’appellation « type 5 ». La Fédération internationale du diabète, ou FID, a ensuite soutenu cette reconnaissance lors de son congrès mondial à Bangkok, en avril. Le consensus international publié en 2025 retrace ces étapes et appelle à poursuivre les recherches. [2]
Le 15 avril 2025, la FID a annoncé un groupe de travail chargé de développer des critères diagnostiques et des recommandations de traitement, mais aussi un registre mondial de recherche et des formations pour les soignants. Le travail porte donc autant sur la façon de reconnaître les patients que sur la manière de les accompagner. [1]

20 à 25 millions : une estimation, pas une liste de patients
La FID avançait en 2025 une estimation de 20 à 25 millions de personnes dans le monde, principalement en Asie et en Afrique. Cette fourchette exprime l’ampleur possible du problème. Elle ne correspond pas à un recensement exhaustif de personnes dont le diagnostic de type 5 aurait été confirmé selon les mêmes critères. [1]
Pour compter de manière comparable, il faut d’abord s’accorder sur ce que l’on cherche. Quels antécédents nutritionnels retenir ? Quelles analyses permettent de distinguer ce profil d’autres diabètes ? Ces questions influencent directement le nombre de personnes classées dans une catégorie.
Le registre prévu par le groupe de travail doit aider à recueillir des données et à soutenir la recherche. Sa création a été annoncée comme un objectif, sans fournir à ce stade un nouveau total mondial de diagnostics confirmés. Le chiffre de 20 à 25 millions reste donc une estimation attribuée à la FID en 2025, pas un compteur actualisé de malades.
Ce qui soutient la reconnaissance, et ce qui reste débattu
L’une des études qui ont nourri cette reconnaissance a été publiée en 2022 dans Diabetes Care. Chez un petit groupe d’hommes diabétiques de faible poids, recrutés en Inde, les chercheurs ont observé une sécrétion d’insuline diminuée et une meilleure sensibilité à cette hormone que chez les participants atteints d’un diabète de type 2. [3]
Autrement dit, le problème dominant était de fabriquer assez d’insuline, plutôt que de résister fortement à son action. Cette hormone aide à réguler le glucose dans le sang. Le résultat soutient l’existence d’un profil métabolique particulier, mais l’étude, réalisée à un moment donné chez des hommes seulement, ne pouvait pas établir la cause de leur maladie ni décrire toutes les personnes concernées.
Le consensus international de 2025 estime que les données justifient une catégorie distincte. Une revue critique publiée la même année juge au contraire cette reclassification prématurée. Elle souligne notamment les chevauchements avec d’autres diabètes, la faiblesse des données disponibles et les limites d’un poids bas utilisé pour représenter la sous-nutrition. [2] [4]
Le débat ne porte donc pas sur la seule existence de patients minces ayant un diabète. Il concerne les frontières de la catégorie et le rôle de la sous-nutrition. Pour les préciser, il faut des travaux plus larges et un suivi dans le temps, capables de relier le profil observé aux choix de soins et à l’évolution de la maladie.
Le diagnostic doit relier les analyses à l’histoire de la personne
Un indice de masse corporelle faible peut attirer l’attention, mais la maigreur ne suffit pas au diagnostic. Elle ne raconte pas, à elle seule, les apports alimentaires passés, la durée d’une privation ou le fonctionnement du pancréas. C’est justement l’un des points soulevés par la revue critique.
La FID décrit un profil souvent associé à un faible poids, à une histoire de sous-nutrition et à l’absence des auto-anticorps fréquemment retrouvés dans le diabète de type 1. L’évaluation doit rapprocher ces éléments, plutôt que transformer l’un d’eux en test décisif. Les recommandations de diagnostic et de prise en charge continuent de se développer. [5]
Une soif accrue, des urines fréquentes, une fatigue ou un amaigrissement inexpliqué peuvent faire partie des symptômes. Ils ne permettent pas de reconnaître le type 5 à eux seuls. Si vous les remarquez, parlez-en à un professionnel de santé, en précisant aussi votre histoire nutritionnelle et les traitements déjà pris.
Mieux nommer doit aussi permettre de mieux accéder aux soins
Les personnes concernées vivent souvent dans des pays où les ressources médicales sont limitées. La FID met en avant le risque de confusion avec les types 1 ou 2 et le besoin de former les soignants. L’enjeu est d’aboutir à un diagnostic utile pour la prise en charge, y compris lorsque les examens spécialisés sont difficiles d’accès. [5]
Le suivi associe l’amélioration de l’état nutritionnel et le contrôle du glucose. La FID évoque un soutien nutritionnel, des médicaments oraux dans certaines situations et de l’insuline lorsqu’elle est adaptée. Le traitement doit être individualisé, avec un professionnel expérimenté dans les soins du diabète. Cette nouvelle appellation n’est pas une raison de changer ou d’arrêter seul un traitement.
Accéder à une alimentation suffisante, pouvoir faire un bilan puis retrouver un soignant dans la durée sont des besoins complémentaires. Une catégorie mieux définie peut orienter ce travail, mais il reste à lui donner une traduction concrète dans les parcours de soins.
La reconnaissance du type 5 remet ainsi des patients longtemps peu visibles au centre de la discussion. La prochaine avancée attendue tient moins à un nouveau numéro qu’à des repères communs et des soins accessibles, soutenus par des données assez solides pour répondre aux besoins de chaque personne.







